Aristide Louis Campserveux


Aristide Louis Campserveux et son épouse avant la guerre
Aristide Louis Campserveux et son épouse avant la guerre


Aristide Louis Campserveux , né à Querqueville dans la Manche, était, avant la mobilisation, et depuis plusieurs années, contre-maître à la scierie des Bois de Normandie. Il était domicilié route neuve de Paris, à Saint Jacques de Lisieux. De la classe 1901, il se marie après son service militaire, avant la mobilisation.
Son cousin Campserveux, architecte de la ville de Lisieux, commandant de la compagnie de sapeur pompiers, et commissaire de gare au Havre pendant la guerre fut Chevalier de la Légion d'honneur.

Aristide Louis Campserveux Adjudant à la 12e Compagnie
Aristide Louis Campserveux Adjudant à la 12e Compagnie

 

Aristide Louis Campserveux, sergent au 119e d'infanterie "s'est porté résolument à l'attaque sous un feu violent,  isolé dans un entonnoir d'obus,  avec le commandant de compagnie. L'hiver dernier il sollicita l'emploi de chef de patrouille dont il se tira fort bien. Le 25 septembre dernier il se fit remarquer  au combat, reçut la médaille militaire sur le champ de bataille des mains de son colonel et fut nommé adjudant."

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  Lettre de Paul Andrillon à ses parents pour le 25 septembre :  
 

26 septembre 1915

Cher papa
Chère maman

Me voici passé dans la réserve de l’active.
Hier grand coup de torchon, histoire de rigoler je me suis fait cueillir par la mitraille boche. Encore une fois je dois des remerciements à la Providence de n’être pas resté sur le dos comme tant de copains et d’avoir chipé la blessure filon.
Les Boches m’ont signé une permission, tout est pour le mieux.
Donc hier après un bombardement d’une violence telle que je n’ai jamais rien de vu pareil, 5 minutes avant l’attaque, je suis allé couper notre réseau de fils de fer, personne ne me tirant dessus y a eu tout a fait bon. (voir le plan de bataille dessiné par Paul Andrillon)
Quand on est parti à l’assaut, j’étais en tête de la section avec l’ami Campserveux. Ces salauds de Boches avaient plusieurs mitrailleuses en face de nous, qu’est ce qu’ils nous ont mis ! Après avoir fait 4 ou 5 mètres à 4 pattes, Campserveux et moi énervés par cette fusillade nous sommes levés, et en avant quand même. Je n’ai pas fait plus de 10 mètres, et patatras les 4 fers en l’air.
Retour à plat ventre, poste de secours, transport en auto dans une ambulance de l’avant, et aujourd’hui évacuation.
Voici ce que j’ai misé, balle dans le bras gauche, blessure superficielle, balle dans la jambe droite juste au dessus du genou, ni articulation ni os atteint, la balle est restée dans la jambe (encore un souvenir à joindre aux cartouchières) ; et médium de la main droite éraflé, c’est moins que rien, mais c’est un peu gênant pour écrire.
Sitôt arrivé à un hôpital je vous enverrai mon adresse.

Je vous embrasse de tout cœur, cher papa chère maman.

Paul Andrillon

 
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  Lettre de X adressée à Paul Andrillon le 13 oct 1915 :  
 

13 octobre 1915

Caen
Hôpital temporaire n°9
Rue des Rosiers

 
Mon cher ami, je n’ai reçu que ce matin votre lettre du 28 septembre. Elle est revenue du front, puis du dépôt me retrouver à Caen où je suis depuis le 3 octobre. J’ai échappé aux balles et aux obus à la première attaque mais le lendemain j’ai été à moitié asphyxié par le gaz et ai bien failli passer l’arme à gauche tout de même. A l’ambulance on a dû me faire dans l’espace de 12 heures 3 piqûres de caféine, autant d’Ether et autant d’huile camphrée et le major est revenu voir dans la nuit si je n’avais pas dévissé mon billot. Enfin après 5 jours passés à l’ambulance d’Hermonville on m’a jugé transportable et depuis je suis ici où ma mère est venue à mon chevet. Ca va mieux, je commence à me lever mais j’ai encore les poumons très pris et il parait que j’en ai pour plusieurs mois à me remettre, tant mieux, ce n’est pas un mal par le temps qui court. Car, mon pauvre ami, j’ai gardé un bien triste souvenir de notre attaque du 25 et pourtant vous savez si on y allait de bon cœur. Vous avez peut-être eu des détails à ce sujet. En tous cas voici ce qui s’est passé. A peine sorti je vous ai vu atteint au poignet gauche que vous vous teniez, puis j’ai vu Pontif qui devant moi venait de recevoir une balle dans le rein mais qui a pu regagner la sape. Je file doux avec Campserveux et le capitaine m’attendant à chaque instant à être descendu, on s’arrête un moment pour envoyer quelques coups de fusil sur les créneaux boches puis on repart en avant. Mais nous étions à ce moment là presque seuls. La compagnie fauchée par les mitrailleuses était couchée dans la plaine et les survivants n’avançaient plus. Nous avons alors gagné un trou d’obus où de Buquière, Agnès, Linant, et deux hommes sont venus nous rejoindre. De là nous étions à

25 mètres des postes et nous nous mîmes à les canarder. J’ai dû en descendre un à travers un créneau mais au bout de quelques minutes un des hommes qui tirait à coté de moi reçoit de derrière une balle qui lui décalotte le crâne. C’était des types de chez nous qui affolés nous prenaient pour des Boches et allaient nous esquinter. Le piston nous fit nous planquer et à ce moment arriva l’ordre de nous replier en raison des pertes trop lourdes du régiment. C’est en se repliant que ce pauvre Pagès a été tué. Il reçut d’abord une balle dans les fesses, puis deux balles dans le côté. La deuxième était mortelle. Quant à nous, il était près de 7 heures du soir quand nous quittâmes notre trou où nous avions essuyé tout l’après midi le bombardement et la fusillade de ces salauds là, je quittai le trou le dernier. Quel spectacle mon pauvre vieux. Notre ligne de tirailleurs était jalonnée par les morts et quand on fit l’appel le lendemain matin nous restions à  47 et 3 officiers. Proz (s/Lieutenant) avait été tué net, Lechat aussi. A la section Pagès, Pluet, Delalande, le petit Dudul, et plusieurs autres étaient tués. Depuis je ne sais ce qui s’est passé. J’ai reçu ce matin un mot très court de Campserveux qui est bien aise d’être sorti de la fournaise et qui a reçu la médaille militaire dans les tranchées. Il va m’écrire plus longuement me dit-il, mais peut-être avez-vous eu aussi des nouvelles de votre côté. J’espère que vos blessures et surtout vos pansements ne vous font pas trop souffrir et suis heureux de vous savoir royalement installé vous le méritez bien.

Moi je suis très bien soigné ici et je commence à avoir la respiration un peu plus facile. Mais j’ai eu et on me fait encore tellement de piqûres sur les cuisses que j’ai mes pauvres jambes bien douloureuses. Enfin cela vaut encore mieux que d’être là-bas n’est-ce pas ? Allons mon cher Andrillon, nous nous reverrons au dépôt dans quelques mois à moins que ce ne soit fini ou que je ne passe dans les interprètes, ce que j’essaierai probablement car vous savez l’infanterie j’en ai vu assez.

Donnez moi de vos nouvelles de temps en temps. J’en ferai autant pour ma part.

Bien amicalement vôtre

Signature illisible

 
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   Lettre de Aristide Louis Campserveux adressé à Paul Andrillon 27 oct 1915 :  
 

C’est le lieutenant Forestier qui nous commande un bon type

Je reçois à l’instant ton mot qui nous a fait plaisir à ceux qui restent peu nombreux hélas, mais que veux tu c’est la guerre nous sommes changés de secteur et avons remplacé les anglais dans la Somme là où il n’y a rien à faire, si tu voyais cela mon vieux pas de balles pas de marmites et du ravitaillement en pagaille, le rêve quoi. La famille Pagès n’a vraiment pas de chance . Pour ta citation mon vieux c’est chose faite et tu as le droit de porter la croix de guerre, cela a paru à la décision ainsi que Pagès, Lechat, Pontif et toi, c’est moi qui ai signé la feuille donc tu peux me croire puisque cela a été lu au rassemblement de la compagnie.

Quand à moi j’ai été décoré de la médaille militaire sur le champ de bataille dans la tranchée boche, elle me donne en même temps le droit de porter la croix de guerre avec palmes, toi c’est la croix avec une étoile, n’hésite pas à la pocher cela coûte 49 les 7. Je ne la porte pas encore mais au prochain repos je la mettrai, ils ne m’ont nommé qu’adjudant car ils ont reçu de jeunes imberbes du dépôt aspirants et s/lieutenant embusqués et moi comme j’étais lieutenant de compagnie au moment des propositions je ne pouvais pas me proposer c’eut été un peu fanfaron qu’en penses tu et cela n’est pas mon cas.

Baillet te souhaite le bonjour ainsi que cucu Agnès et Louvel. Tu sais que Bellanger est sergent-cucu et Martin Louis, si tu avais resté là tu y passais de droit naturellement mais reste là bas le plus longtemps possible.

Plus grand-chose à t’ajouter mon vieux qu’a te la serrer bien cordialement et n’oublie pas embusqué de me répondre.

Ton frère d’armes.

 
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  Aristide Campserveux décèdera le 13 avril 1916 au fort de Vaux.  
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  Lettre de L.Agnes adressé à Paul Andrillon le 15 avril 1916 sur les circonstances du décès de Campserveux :  
 

Mon vieil ami

Je t’écris pour t’annoncer une bien triste nouvelle. Ce pauvre Campserveux est mort hier la nuit avec Baillet ils ont été tué tout deux ensembles par un obus et reposent dans la même fosse.

Quand j’ai appris cette nouvelle j’ai été consterné.

La 12e Compagnie a été très éprouvée sous le fort de Vaux par un bombardement effroyable qui laisse loin derrière lui tout ce qui s’était vu jusqu’alors.

Comme j’assure le ravitaillement, j’ai été informé tout de suite de ce malheur. Il avait été enseveli deux fois la nuit précédente et avait refusé d’être évacuer, c’est une perte énorme pour la 12e dont il était le bout en train, je suis heureux pour toi que tu ne sois pas encore remis. Je vais aller cette nuit tenter de ravitailler en eau le fort de Vaux, c’est une opération douteuse dont je n’augure rien de bon. Enfin à la grâce de Dieu je te quitte n’ayant pas toutes mes idées à moi pour cause d’insomnie réitérées.

Bien affectueuse poignée de main de ton copain.

 
L.Agnes

 
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Remerciements à Dominique Druhen et Christine Jeanne arrière petite fille de Aristide Louis Campserveux, qui ont permis d'identifier une photo non légendée de la collection Paul Andrillon.

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