EDOUARD BAUCHET

Parcours d'un combattant augeron entraîné dans la tourmente de 1914 - 1918 :
Edouard Bauchet, cultivateur à Auvillars.


Edouard Bauchet à droite avec son beau frère Albert Poulain du 319e RI
Photo prise à St Jean Sur Tourbe le 8 Mai 1918

"Il eût fallu qu'une curiosité bien étrange s'emparât des  hommes futurs et les poussât à faire des recherches pour que la trace de sa personne émergeât de l'abîme".
Emmanuel BOVE

Attention, tous les documents présentés ici appartiennent à Mr Michel Nicolle et ne sont pas libres de droits

PREFACE

Au printemps 1995, alors que je découvrais certaines photographies de mon grand père en tenue militaire, la curiosité m'a poussé à deviner ce qui pouvait se cacher derrière ces visages, ces portraits et ces souvenirs plus ou moins flous concernant les batailles, les blessures. J'avais soudain envie de savoir. L'accès aux archives de l'armée de terre, une certaine chance dans mes recherches m'ont encouragé à persévérer et à tenter de décrire ce qu'avait pu être pour un jeune paysan normand la tourmente de 1914 - 1918.

Voilà aujourd'hui la première ébauche de ce qui a été, on peut l'imaginer, un véritable cauchemar pour cette jeunesse envoyée à la mort.
(M. NICOLLE, novembre 1995)

- I -

LE CONSEIL DE REVISION

LE SERVICE MILITAIRE

Edouard Bauchet est né en 1891. Jusqu'en 1911, la vie était bien paisible pour Edouard Bauchet qui habitait près de Saint Lô à Villiers Fossard.
Il vivait avec sa mère Albertine Cauchard qui était couturière et avec son frère Paul, de six ans son aîné qui exerçait la profession de charron.
Leur père, Jean Bauchet, qui avait été charpentier, était décédé en 1901 alors que le jeune Edouard n'avait que dix ans.
Comme la majorité des normands de son époque arrivé à l'âge de l'adolescence, Edouard Bauchet travailla à la ferme comme ouvrier agricole.
L'esprit revanchard, le mépris de l'Allemagne avaient peu atteint cette presqu'île du Cotentin, si éloignée culturellement et géographiquement de l'Alsace et de la Lorraine. On y parlait un dialecte, ô combien caractéristique et on vivait un peu reclus dans des petits villages et hameaux noyés dans le Bocage Saint Lois. Si le dimanche on y dansait des branles, il arrivait aussi parfois que les chansons du pays fussent tristes.
Le travail occupait presque tout le temps. Le credo du paysan qu'Edouard Bauchet aimait nous chanter se résumait dans la trilogie : Dieu, la Nature et le Travail de la Terre.
Si dans le dernier couplet de cet hymne adressé à Dieu on trouvait une petite note de nationalisme, cela n'avait rien à voir avec ce que l'on chantait dans le reste de la France.

Ailleurs en France, le feu couvait et la pensée de nombreux citoyens était guidée par le patriotisme et l'esprit de revanche dont on percevait le regain dans des chansons comme "la ligue antiprussienne" écrite en 1873 par Baulen.
Agathon dans son livre "les jeunes gens d'aujourd'hui" nous rapporte les propos d'un lieutenant, propos tenus en 1911 : "Bien des fois avec mes cavaliers, j'eus l'occasion de parler de cette guerre qu'on pensait prochaine. Et chaque fois j'eus la même réponse : "Oh ! mon lieutenant, vienne la guerre et qu'on se débarrasse enfin de ces gens là". Ce qui me frappait le plus c'était leur attitude, leur regard devenant plus vif, plus éclatant. Instinctivement leurs jambes serraient davantage les flancs de leur monture, leurs mains rassemblaient leurs rênes. Ils étaient prêts à se porter en avant".

 

Exemples de dessins nationalistes (DR Michel Nicolle )

 

C'est dans ce contexte que le jeune conscrit Edouard Bauchet fut appelé en 1911 pour le conseil de révision, qu'il passa au chef lieu de canton c'est-à-dire à Saint Clair.

Sur une photographie, les conscrits de la classe 1911, classe dont faisait partie Edouard Bauchet, arborent sur leur costume du dimanche, avec fierté pour les uns, avec scepticisme pour les autres le certificat les attestant "bons pour le service", mais ils ne peuvent imaginer l'enfer qu'ils vont devoir endurer dans à peine trois ans.

La chanson rengaine "le conseil de révision" se moque aussi gentiment de ces gars de la campagne qui ne comprennent pas les mots employés par les gendarmes et les médecins, mots qu'ils répètent en les déformant. Dérision à l'encontre de ces gars, auxquels dans le meilleur cas, il arrive d'être réformés par "l'inspection de la révision". Sans doute dans le but de réaliser un mélange aussi parfait que possible dans le creuset national que constitue le service militaire, mais aussi afin que plus rien ne permette de distinguer l'origine des appelés, en 1914 les régiments sont composés de soldats issus des villes et aussi de la campagne.

Edouard Bauchet alla donc effectuer son service militaire à Paris, plus exactement au 119e RI de Courbevoie. Le 119 e RI de Courbevoie regroupait les appelés du Calvados, de l'Eure, de la Seine Maritime, de la Manche, de Versailles, Mantes et Courbevoie; de la banlieue Ouest de Paris et des 1er, 7e, 15e et 16e arrondissements.

Edouard Bauchet y fut incorporé à 21 ans, le 9 octobre 1912.

On ne garde comme souvenir de ce passage à Courbevoie, qu'une photo d'Edouard Bauchet en tenue d'apparat.

Les gants blancs, l'épée dans le fourreau, les épaulettes, le képi modèle 1884 des régiments de ligne, les cheveux bien gominés et calamistrés la raie au milieu, la moustache soigneusement taillée, le cigare à la main, l'oeil fixé sur l'horizon, tout témoigne de la solennité que revêt pour ce jeune campagnard l'incorporation dans un régiment parisien. Effectivement plus rien ne permet de reconnaître l'origine campagnarde d'Edouard Bauchet.

Sur la manche gauche de sa tunique bleu sombre a été cousue un insigne en forme de cor. Cet insigne lui a été remis comme "prix de tir". Dès 1913, cette décoration scellait le destin d'Edouard Bauchet et constituait évidemment un mauvais augure pour ce futur tireur d'élite.

Tenue d'apparat que tout oppose à la blouse bourgeron blanche que portent les fantassins dorénavant c'est-à-dire depuis 1911 date à laquelle ce costume propre à la cavalerie a été adopté par l'infanterie.

Exemples de photographies de soldats du 119e en blouse bougeron blanche

Autre témoignage de son passage à Courbevoie, un cahier de chansons commencé le 15 octobre 1913 un an après son incorporation.

Ces chansons d'époque témoignent de rêves identiques à ceux de tous les hommes isolés ; il s'agit aussi des rêves des hommes qui se retrouvent entre eux. Les appelés sont de ceux-là. Ils effraient bien sûr un peu les jeunes parisiennes même les midinettes surtout quand ils entonnent :

"Vas-y ma poulette
Tricotte des gambettes
Fais leur-z-y voir aux copains
Que t'as pas du sang d'lapin
Retrousse ta jupette
Allume tes mirettes
En avant mon p'tit coco"

Edouard Bauchet a déjà parmi ces parisiennes désigné l'élue de son coeur pour la vie. Ce sera pour lui, telle qu'il nous la présente dans son cahier, une blonde, élancée, coiffée d'une capeline bleue. Guy son ami, par contre, a choisi une plantureuse brune au décolleté audacieux et aux bas noirs.

Mais comme toujours, l'amour, le béguin précèdent, la demande en mariage et l'on se prend encore à rêver. Pourquoi ne pas chanter cette demande en mariage ?

Edouard Bauchet au 119e RI, comme tous ses camarades encasernés pense à l'amour et il s'écrie :

"Si l'amour est une maladie, zut-alors je plains les gens bien portants".

Bien qu'il rêve d'amour, en même temps le 2e classe Edouard Bauchet réalise que tous les appelés ne sont pas égaux. Tous n'auront pas la même chance et l'on retrouve souvent dans ses dessins évoquant des rendez-vous galants, des officiers et, des lieutenants. Quand on est deuxième classe on ne peut qu'envier commandants et aspirants.

Bien que les jeunes femmes fassent rêver, c'est parfois la nostalgie qui refait surface à travers d'autres chansons comme
"Adieu mes vingt ans"
"Pense à ta maman".

Ces nombreuses chansons sont illustrées de dessins décalqués puis coloriés.

Rien de bien personnel si ce n'est quelques commentaires et surtout le décompte précis des jours restant à effectuer, nombre noté soigneusement au bas de chaque chanson. En somme, une variante du Père Cent !

Dans le cahier, une photo du Colonel Cordonnier, commandant en 1912 le 119e RI, témoigne de l'admiration que porte le 2e classe Bauchet au colonel, de même qu'à l'histoire de son régiment (Burgos 1808, Santander 1809, les Arapiles 1812). En 1916, le colonel Cordonnier bénéficia d'une promotion comme chef des armées françaises en Macédoine, celle-ci survenant après son passage à Verdun comme Général où avait été remarqué son souci d'entretenir le moral des troupes par des spectacles ambulants. C'est ce que rapporte, en tout cas, un correspondant de l'Illustration en 1916.

Nous avons aussi quelques photos d'époque de la caserne de Courbevoie :

- la rentrée du régiment
- la revue du casernement
- les casernes Charras
- le bâtiment du commandant SIAU et même une section mitrailleuse du 119e de ligne identique à celle à laquelle participera Edouard Bauchet comme chef de pièce. A ce titre, il recevra plusieurs décorations.

Quelques exemples de cartes photos du 119e RI à Courbevoie (droits réservés M. Nicolle)

 

 

 

 

La mitrailleuse, dernière découverte est admirée exaltée.
Les balles deviennent du grain, le petit mitrailleur devient un semeur de paix en même temps que paradoxalement il sème la mort.

Vénérée, elle l'est effectivement.

Si effectuer son régiment à Courbevoie c'est l'occasion de découvrir un autre monde, d'apprendre le métier des armes c'est aussi le lourd apprentissage de la discipline militaire et le 119e RI est semblable aux autres régiments.

Jean Galtier Boissière lui aussi de la classe 1911 encaserné tout près de Courbevoie à la caserne des Lilas nous le dit clairement : "la crise de cheveux est la grande tragi-comédie de la vie de caserne. Car si les bonshommes ne présentent point une authentique tête de veau à laquelle ne manque que les touffes de persil dans les oreilles, ils s'entendent crier : demi-tour, allez vous faire couper les cheveux".

Albert Poulain, le futur beau frère d'Edouard Bauchet, incorporé lui aussi au 119e RI n'y a apparemment pas échappé.

Mais Galtier Boissière ajoute que le service militaire "c'est aussi la marche de nuit suivie de la marche manoeuvre de jour devant le général gouverneur de Paris. Les hommes fourbus se laissent tomber sur les lits tout habillés sans courage, même pour manger la soupe".

Fernand Gautier du 104e RI d'Argentan écrivait à ses parents le 15 mars 1913 sur une carte que j'ai retrouvée. "Certes nous avons eu du mal et nous avons fait des kilomètres et des kilomètres dans la forêt ; mais j'ai pris mes précautions et fait des économies et c'est une grande chose quand on a son bidon plein et sa musette garnie", et plus loin "Demain nous partons à 8 heures pour Vincennes. Je vais encore être obligé de coucher avec mes souliers car j'ai les pieds écorchés et je crois que si je les enlevais je pourrais jamais les remettre demain. Et nous avons 15 kilomètres pour aller et autant pour revenir sans compter tout ce qu'il faudra faire sur le terrain".

Galtier Boissière nous décrit quelques aspects moins connus : "Ainsi la garnison de Paris est assez fréquemment en contact avec la police que ce soit pour établir des services d'ordre, rendre les honneurs à des souverains étrangers ou briser les grèves".

A Paris, la révolte gronde et même les appelés du 119e RI chantent la misère de la classe ouvrière :

"V'là les gueux d'la cité
Les parias d'atelier
qui vont gaiement s'attabler
à l'ouvrage
et s'user la santé au surmenage
Ils se fichent du danger
Sont très mal rétribués
Et couchent dans de véritables taudis
V'là les gueux de Paris".

Etonnante quand même cette chanson reprise par des gars de la campagne qui devaient tout ignorer de la classe ouvrière et de la révolution industrielle.

Pendant que les 2e classe du régiment sont utilisés à ces tâches, les généraux en chef envoient les cadres militaires se former à Mourmelon : la guerre se prépare, le 119e RI a lui aussi besoin de cadres. D'un côté les chefs de l'autre la futur chair à canon.

Pourtant ces braves petits soldats sont l'objet de maintes préoccupations de la part de la hiérarchie militaire. Ainsi en est-il de celle du Ministre de la guerre ; En février 1914 comme le relate le Pays d'Auge (11.02.1914) le Ministre de la guerre se soucie de l'état sanitaire de l'armée et prône des mesures d'hygiène très strictes en particulier pour l'alimentation dans les casernes : "le petit déjeuner du matin sera plus substantiel... ce premier repas pourra comporter utilement une bonne soupe chaude au besoin préparée la veille et qu'il suffira de faire réchauffer le matin. Cette soupe remplacerait avantageusement le café matinal que les troupiers ont pittoresquement dénommé "jus de chapeau".

Ce qui est accordé d'une main est repris de l'autre ; ainsi dans les premiers mois de l'année 1914, les permissions du dimanche se trouvent réduites surtout quand elles s'accompagnent d'un long déplacement ; l'autorité militaire pense qu'elles sont la cause d'une fatigue supplémentaire et inutile que l'on peut éviter ; les permissions sont dorénavant présentées comme une récompense et non comme un droit.

Incorporé en octobre 1912, Edouard Bauchet doit être libéré le 24 septembre 1914.

Cela lui inspire cette chanson pleine d'espoir et de souvenirs :

" A quel beau jour que le 24 septembre !
En entendant le clairon résonner
On va bientôt déguerpir de la chambre
Et dans la cour on va vite s'aligner
Mais cette fois, ça sera la dernière ;
Aussi, je plains le sort de ces pauvres restants
Car, pour ma part, je le lis sans mystère :
Je ne ferai plus deux ans pour cent mille francs"

"Adieu Courbevoie ! pays des belles femmes !
J'en garderai longtemps le souvenir
J'en partirai avec la joie dans l'âme
Et l'espérance, un jour, d'y revenir

Rendre visite à ces pauvres fillettes

Qui m'escortaient pendant tout mon congé
Sans redouter le sabre baïonnette
Que je portais le soir à mon côté".

Ed. Bauchet
Courbevoie le 10 mai 1914

Dessins issus du carnet de chanson d'Edouard Bauchet (DR Michel Nicolle)

 

Il est surprenant que dans cette chanson Edouard Bauchet ait l'assurance d'achever son service militaire en septembre 1914 deux ans après son incorporation. En effet la menace de guerre se faisant de plus en plus pressante, une loi avait été votée le 10 août 1913 portant la durée du service militaire à trois ans. En réalité Edouard Bauchet devait être libéré en septembre 1915. Bien sur cela il n'aura pas le temps de l'apprendre car la guerre sera déclarée avant.

Le 13 juillet 1914, quinze jours avant la déclaration de la guerre Edouard Bauchet croit toujours qu'il n'a plus que "74 jours et la fuite" il écrit sa dernière chanson qui sent l'antiparlementarisme :

"Si nous avons voté
Pour vous, chers députés
Ce n'est pas pour que vous fassiez bombance
Et nous laisser ainsi dans la souffrance
On vous paye assez cher
Pour lorsque vient l'hiver
Vous puissiez nous éviter sapristi
La misère à Paris".

Juillet 1914, c'est le moment où le Ministre de la guerre a demandé à la chambre l'autorisation de transformer en 4 ou 5 ans l'uniforme des troupes. La modification principale portera sur la couleur : au drap bleu et au pantalon garance sera substitué un drap de couleur gris terne mélangé de bleu beaucoup moins visible (Pays d'Auge 18.07.1914).

Durant cette période, le 119e RI est installé dans la caserne Charras de courbevoie mais aussi dans la Caserne Delaunay à Lisieux où le 119ème a aussi ses quartiers et d'où nous sont parvenues quelques photos de la vie quotidienne en son sein, à l 'aube de la déclaration de la guerre :

Quelques exemples de cartes photos du 119e RI à Lisieux (droits réservés M. Nicolle)

 

 

- II -

LA MOBILISATION

A l'été 1914, exactement le 2 août ce fut la mobilisation. Voilà comment dans l'édition du 1er août 1914 le Pays d'Auge dans son édition de Pont l'Evêque annonce la mobilisation :

"Les réservistes sont invités à apporter une ou deux paires de souliers de marche, neufs ou en bon état, les chaussures devront se rapprocher le plus possible du modèle réglementaire : brodequins à lacets, suffisamment larges pour que le pied repose bien à plat et ne soit pas gêné, pourvus d'une semelle d'une bonne épaisseur munie de clous et susceptibles de se prêter à un ressemelage. La valeur des brodequins apportés sera largement remboursée à leurs propriétaires à leur arrivée au corps".

Voila une présentation quelque peu rassurante qui, si elle ne permettait pas de deviner ce qu'allait être cette guerre, se voulait être alléchante rien que par un gain pécuniaire. L'accent était porté dès le départ sur ce point capital que constituent pour des biffins, pour des fantassins les chaussures.

Chaussures différentes, mais aussi tenues différentes. Le fait que chacun ait eu sa tenue personnelle se trouve illustré par les remarques sur l'accoutrement des premiers arrivés, ce que nous rapporte Dorgelès :

"Pas deux tenues qui se ressemblent, sauf les derniers venus, nous avons été équipés de bric et de broc, dans le désarroi du premier mois de guerre....

Il y a des capotes de toutes les teintes, de toutes les formes, de tous les âges. Celles des grands sont trop petites et celles des petits trop longues. La martingale de Fouillard lui bat minablement les fesses et sur le large coffre du père Hamel la capote trop étroite fait des plis circulaires tous les boutons prêts à péter".

Certains comme René Marie du 119e de ligne 28e compagnie 3e groupe 4e section 13e escouade, (rien que cela !) ont cependant un uniforme correct et peuvent sans gêne excessive poser devant le photographe.

Le 119e RI donna naissance à trois éléments :

- le 119e RI actif qui fait partie de la 6e DI, du 3e corps d'Armée sous les ordres du Général Lanzerac

- le 319e RI (c'est-à-dire le régiment de réserve du 119e RI. Pour trouver le nouveau numéro du régiment de réserve on ajoute 200 au numéro du régiment actif 119 + 200 = 319) (sous les ordres du général Valabrègue).

- le 20e territorial qui est constitué par les soldats les plus âgés.

Les premiers éléments du 119e RI (les 1er et 2e bataillons) quittèrent dans la soirée du 5 août 1914 la caserne Charras de Courbevoie pour se rendre à pied à la gare de Batignolles distante de 3 kilomètres. Le lieu de destination était Amagne Lucquy près de Rethel et le train y parvint dans la nuit du 6 au 7 août 1914. Le régiment de Courbevoie fut rejoint durant cette même nuit par le 3e bataillon du 119e RI parti, lui, de Lisieux le 5 août à 12 h 35.

Edouard Bauchet mobilisé au 119e RI de Courbevoie le 4.08.1914 sous le matricule 389 fait partie du 1er bataillon qui partit de Batignolles le 5.08.1914. Si je n'ai pas trouvé de description du départ du 119e RI de Batignolles, par contre, dans le "Lexovien" du 5 août 1914 le départ des soldats du 3e bataillon du 119e RI de Lisieux est décrit ainsi

"Hier vers midi, un convoi important de troupes stationnait en gare de Lisieux. Sur l'autre quai arrivaient au même moment des artistes des casinos de Trouville et de Deauville qui attendaient un train pour rentrer à Paris. Comme les soldats chantaient, un des artistes Monsieur Bizet des concerts Colonne sortit son cornet à piston de son étui et joua successivement les hymnes nationaux français russe et anglais.

Monsieur Payan accompagné de Monsieur Bizet chanta quelques strophes de notre hymne national. Les derniers refrains furent repris en choeur par les soldats et par toutes les personnes présentes, puis une acclamation formidable s'éleva. Tout le monde criait à pleins poumons :

"Vive la France ! Vive l'armée ! Vive la Russie ! Vive l'Angleterre !"

Les chapeaux, les képis, les casquettes à bout de bras, tous les assistants riant et pleurant manifestaient de tout leur coeur leur attachement à notre patrie".

Rires, larmes, l'embarquement est sans doute tumultueux, le train part ; au loin disparaît "la ligne noire des fourgons béants avec quelques wagons de première" (Genevoix).
Les régiments d'active partis, restait la réserve.

Le départ du 5e Bataillon du 319e RI donc de la réserve, à la gare de Lisieux eut lieu trois jours plus tard que le régiment d'active c'est-à-dire le 9 août 1914 à 12 h 47; le 9 août également, partit le 6e bataillon de réserve de Lisieux mais à 18 h 47 ; tous les deux sont dirigés vers Vervins dans l'Aisne en appui du 119e RI qui se trouve 50 kms au Sud Est de Vervins à Rethel. Tout juste le temps de poser pour la photo souvenir comme le fait Albert Poulain le futur beau frère d'Edouard Bauchet, en compagnie de sa mère et de sa soeur, ma grand mère maternelle. Le 319e RI fait partie du 4e groupe de réserve plus précisément de la 53e division de réserve et en son sein de la 105ème brigade. Cette division est à la disposition du général Valabrègue.

Trains des Batignolles, trains de Lisieux, ils ne représentent que quelques uns des 5000 trains qui ont été prévus pour transporter d'un coup de un million à 1,5 million d'hommes près des frontières !

L'arrivée du 319e RI à Vervins près de Saint Quentin dans l'Aisne a lieu le 10 août 1914 à 4 heures 28 du matin légèrement après le régiment d'active, ce qui est dans la logique des choses.

Les appelés croient tous que la guerre sera courte : partis avant la moisson, ils espèrent rentrer pour les vendanges.

Le 319e RI qui part de Lisieux avec Albert Poulain comprend :

- 2 bataillons
- 1 état major

c'est-à-dire 2200 hommes et 125 chevaux.

Il stationne à Vervins du 10 au 20 août 1914 tout juste à l'arrière des deux autres régiments de réserve normands (le 205e de Falaise, le 236e de Caen).


- III -

LA BATAILLE DE GUISE
ET
LA BATAILLE DE LA MARNE
AOUT - OCTOBRE 1914

Le 119e RI dès le 12 août 1914 a pour mission de garder les passages sur la Meuse entre Dinchery et Mézières. Edouard Bauchet fait partie de ceux qui doivent exécuter cette mission. Le 17 août par une chaleur torride, le 119e RI part vers Charleroi soutenir l'armée belge qui subit une offensive allemande massive. Le 21 août, le 119e RI est dans les faubourgs de Charleroi, et se positionne sur la Sambre de part et d'autre de la ville pour contrôler le passage sur la rivière. Le 119e RI devra cependant céder sous le feu de l'artillerie ennemie dès le 22 août et effectuer un repli en catastrophe vers le Sud laissant de nombreux morts et 500 blessés dont la moitié seront faits prisonniers. (Dans la seule journée du 22 août 1914 on dénombrera sur l'ensemble du front 27000 tués).

Par contre, le 319e RI qui avait son cantonnement à Vervins avait comme mission principale d'organiser les positions défensives dans la courbure de l'Oise et de défendre l'Oise et le Thon.

Dès son arrivée le 319e RI entreprit des manoeuvres dans la région jusqu'au 20 août pour "discipliner et entraîner les hommes" est-il précisé dans le journal des opérations et marches militaires du 319e RI.

Cependant, la pause sera de courte durée.

En effet, par ordre général n°6 du 20 août, le 319e RI doit se diriger les jours suivants vers le Nord et Charleroi où la bataille fait rage, pour soutenir le 3e corps d'armée (c'est-à-dire la 6e DI, la 5e DI et le corps de cavalerie Sordet).

Le 319e RI fournit le gros de la colonne et de l'arrière garde de ce soutien.  Cependant, l'état major du 319e RI ignore alors que son régiment part vers le Nord que ceux qu'il est censé renforcer, entreprennent déjà un repli vers le sud, sous la poussée des Allemands. Les français de la 6e DI et de la 5e DI reculent de 30 kilomètres par jour.

A ce moment précis le corps de cavalerie Sordet est en pleine retraite, en pleine déroute peut-on dire.

Le 24 août 1914, le 319e RI arrive à proximité de la Sambre sans jamais franchir la frontière. Il fait demi tour à quelques kilomètres du fleuve. Dans son mouvement vers le sud le 319e RI croise trois jours plus tard et près de Guise la fameuse 6e DI.

Ce sera la première fois qu'Edouard Bauchet et Albert Poulain, amis depuis Courbevoie, se croiseront sur le terrain des hostilités.

Alors que la retraite se poursuit, les premiers convois de blessés arrivent en Normandie. Ainsi le 25 août 1914, 250 blessés provenant de Charleroi sont passés en gare de Pont l'Evêque à 17 h 30 à destination de l'hôpital de Deauville (le Pays d'Auge édition du 26.08.1914). La retraite ne peut sans danger, se poursuivre à cette vitesse. Il faut résister.

Ce sera d'abord la bataille de Guise. Le 28 août mission est donnée de garder les cinq ponts de l'Oise et d'organiser des tranchées et des barricades.

La bataille d'Origny Sainte Benoîte aura lieu les 28, 29 et 30 août et le 119e RI y participera activement alors que le 319e RI disparaît du champ de bataille vers le Sud.

Le 29 août les fantassins du 119e RI qui se trouvaient à Faucouzy au sud de Guise avaient reçu l'ordre de contre-attaquer et de traverser l'Oise au pont d'Origny et au gué de Bernot puis de remonter sur la rive droite de l'Oise pour protéger le 18e corps d'armée d'une attaque allemande venant du Nord.


Vue du gué d'Origny

Les bataillons s'étaient placés près de la ferme Saint Rémy, puis ensuite près de la ferme de la Jonqueuse. Les fantassins progressaient dans leur mouvement en colonne double ouverte.

Quand le 18e corps d'armée traverse l'Oise, le 3e corps d'armée (donc le 119e RI) est censé lui emboîter le pas.

Alors qu'à midi les soldats sont à Origny prêts à traverser l'Oise, ordre leur est donné de rebrousser chemin vers le Jonqueuse où des soldats allemands sont repérés. Ils ont ordre de réduire cette présence ennemie.

Les français du 119e RI sont accueillis par un feu nourri si bien que la ligne fléchit et se replie dans un ravin à 15 heures tout en éprouvant de sérieuses pertes.

A 16 heures ils attaquent de nouveau. L'infanterie est soutenue par l'artillerie mais vers 18 heures un bataillon isolé se trouve attaqué de tous les côtés par les allemands. Ils doivent attendre, se terrer. Pris entre deux feux, attendre est leur seule possibilité.

Les soldats profitent de la tombée de la nuit pour effectuer la retraite en bon ordre sous la protection de l'artillerie.

Le lendemain, le 30 août, les soldats doivent reprendre l'attaque.

Héroïque, le 1er bataillon arrive seul au Signal d'Origny. Il est arrêté par un feu violent et des rafales d'artillerie.

Ordre leur est donné - sans doute trop tardivement - de ne plus progresser.

Ils se replient sous le canon ennemi ; les pertes sont nombreuses au sein du 119e RI (25 tués, 152 blessés et de nombreux disparus qui s'ajoutent aux 18 tués et aux disparus de la veille). Les fantassins qu'on appelait aussi "les pousse-cailloux" étaient vaincus.

Vue de la plaque commémorative et du cimetière d'Origny

 

L'armée française rompt le combat et continue son repli vers le sud.

Si les biffins s'étaient rebiffés, en définitive, ils avaient courbé l'échine.

Edouard Bauchet fait partie des 152 blessés de la bataille d'Origny Sainte Benoîte. Il est blessé par balles et a des plaies contuses (au menton et à l'épaule droite).

Parmi les 25 tués on trouve aussi un compagnon d'Edouard Bauchet âgé de 25 ans, lui aussi cultivateur à Bonnebosq Robert Gamard, soldat de 2e classe au 119e RI. Robert Gamard est mort au signal d'Origny le 30 août 1914 avec le 1er bataillon, alors qu'Edouard Bauchet lui ne fut que blessé.

Pour l'anecdote, j'ai appris qu'il habitait le manoir du Lieu du Vieux qui actuellement et ce par pure coïncidence est la propriété du fils d'Albert Poulain (le beau frère d'Edouard Bauchet).

Il est aussi surprenant que 40 ans plus tard nous allâmes en famille et à deux reprises en vacances chez un vieil oncle (l'oncle Armand) qui habitait à Ribemont. Il s'agit bien du même Ribemont que celui situé à 4 kilomètres d'Origny Sainte Benoîte. Nous ignorions totalement à l'époque tout de ce passé. Pour rendre service à ce vieil oncle nous allions glaner (cela se faisait encore en 1955) dans les champs où peut être notre grand père s'était battu 40 ans auparavant.

Les jours suivants la bataille d'Origny Sainte Benoîte, la retraite se précipite, l'armée française est à Laon le 31 août, l'Aisne est franchie le 1er septembre, la Marne le 3 septembre, Montmirail est en vue, le point extrême de cette fuite se situe à Esternay. Le 6 septembre à Meaux, Paris est en vue ce qui faisait dire à Dorgelès : "J'te jure que quand tu lisais sur les plaques "Paris 60 kilomètres" ça t'faisait drôle !".

Voilà aussi comment Dorgelès traduit cette retraite qui a des allures de déroute.

"La Marne, c'était rien. C'est pendant la retraite qu'on en a le plus roté. C'est là qu'on a reconnu les hommes. Ils étaient tous les mêmes. La retraite c'était l'opération stratégique dont ils étaient le plus fiers, la seule action à laquelle ils se vantaient immodérément d'avoir participé, c'était le fond de tous leurs récits. La retraite, la terrible marche forcée, de Charleroi à Montmirail sans haltes, sans soupe, sans but, les régiments mêlés zouaves et biffins, chasseurs et génie, les blessés effarés et trébuchants, les traînards hâves que les gendarmes abattaient ; les sacs, les équipements jetés dans les fossés, les batailles d'un jour, toujours acharnées, parfois victorieuses -Guise où l'allemand recula - le sommeil de pierre pris sur le talus ou sur la route malgré les caissons qui passaient, broyant des pieds, les épiceries pillées, les basses cours qu'on vidait, les mitrailleurs sans mulets, les dragons sans chevaux, les noirs sans chefs ; le pain moisi qu'on s'arrachait, les chemins encombrés de tapissières et de chars à boeufs avec des gosses et des femmes en larmes ; les arbis traînant des chèvres, les villages qui flambaient, les ponts qu'on faisait sauter, les copains qu'il fallait abandonner sanglants, fourbus et toujours harcelant la tragique colonne, le canon boche qui aboyait" et plus loin Dorgelès d'écrire après un passage dans l'Aisne l'année suivante : "on s'était battu en Septembre dans ce pays et tout le long de la route, les croix au garde à vous s'alignaient pour nous voir défiler".

Impossible de continuer à céder du terrain, Gallieni donne le 7 septembre l'ordre de contre attaquer coûte que coûte. La contre offensive débuta quand la liaison fut effective entre le 3e corps d'armée et le 18e corps d'armée. La Marne est franchie le 10 septembre. Maurice Genevoix décrit bien cette première bataille de la Marne :

"Lorsque je me lève, je vois une grande plaine désolée, bouleversée par les obus, semée de cadavres aux vêtements déchirés la face tournée vers le ciel ou collée dans la terre et le fusil tombé à côté d'eux. La route monte à droite, vers les bords de la cuvette, d'une blancheur crue qui fait mal aux yeux. Loin devant nous, des sections en colonne d'escouade par un, restent immobiles, terrées à peine visibles. Elles sont en plein sous les coups de l'artillerie allemande. Les lourdes marmites par douzaines achèvent de ravager les champs incultes et pelés. Elles arrivent en sifflant toutes ensemble, elles approchent, elles vont tomber sur nous. Et les corps se recroquevillent, les dos s'arrondissent, les têtes disparaissent sous les sacs, tous les muscles se contractent dans l'attente angoissée des explosions instantanément évoquées, du vol ronflant des énormes frelons d'acier. Chaque fois qu'un obus tombe dans les rangs, c'est un éparpillement de gens qui courent en tous sens, et lorsque la fumée s'est dissipée, on voit par terre, faisant tâche sombre sur le jaune sale des chaumes, de vagues formes immobiles".

Les abords de Reims sont atteints le 12 septembre. Le vignoble champenois est envahi par les armées à la période des vendanges.

La bataille de la ferme du Luxembourg à laquelle Edouard Bauchet participe, dure du 14 au 28 septembre. Cette ferme du Luxembourg se trouve à 5 kilomètres au nord de Reims. Inutile de la chercher près de la frontière franco-luxembourgeoise. C'est une lutte farouche pour protéger Reims et le symbole que constitue la cathédrale où furent sacrés tant de rois de France. Les bombardements allemands cependant atteignent leurs cibles. La cathédrale de Reims est incendiée le 19 septembre 1914 ce qui constitue aux yeux de la France unanime un sacrilège. Edouard Bauchet est blessé par balles, a des plaies au bras et l'avant bras gauche, au côté gauche et reçoit des éclats d'obus dans la cuisse droite. Cela se passe le 28 septembre. Edouard Bauchet est retrouvé inanimé dans un champ.

Difficile d'imaginer ce que peuvent être des blessures par éclats d'obus comme en a eues Edouard Bauchet à la Ferme du Luxembourg ?

Difficile d'imaginer "cette pluie de fer, de feu, d'acier, et de sang" comme le dira plus tard Prévert.

C'est Maurice Genevoix lui aussi fantassin de la guerre 14-18 qui décrira le mieux cette pluie que constituaient les obus et leurs éclats qui menaçaient à tout instant de blesser les soldats. Voici ce qu'il dit : "La terre ne cesse de fumer, dans une moiteur de blessure fraîche ; et sur cette terre bouleversée, des éclats brillent, allument des lueurs nettes et méchantes, se pressent autour de nous sans vouloir s'éteindre encore, et retomber enfin à l'immobilité des choses. L'espace est plein d'éclats vivants, on les entend qui ronflent, sifflent, ronronnent et miaulent. Ils frappent la glaise avec des chocs mats de couteaux, heurtent la voûte tintante qui durement les rabat en des stridences exaspérées".

Les plus grosses pertes humaines durant la guerre 14-18 furent dues essentiellement  à l'artillerie surtout par les obus, et plus tard les obus à gaz tirés par l'ennemi mais aussi par son propre camp. Il n'y eût que peu de combats à l'arme blanche et les blessures par balles étaient beaucoup moins graves que celles dues aux obus. Des obus aujourd'hui on en retrouve partout comme décoration autour des monuments aux morts, mais aussi dans nombre de maisons où transformés ils sont utilisés comme vase, comme coupe papier, comme cadre...

Aujourd'hui près de la ferme du Luxembourg, transformée en ferme viticole, subsiste le long de l'autoroute A1 un tout petit cimetière où reposent six soldats du 119e RI de Lisieux dont un pauvre sergent au nom prédestiné "TULEU". Tuleu appartenait à la 11e compagnie  du 119e RI en garnison à Lisieux où il était bien connu. Il est mort d'une balle en pleine poitrine en portant sa section à l'attaque d'un bois au cri de "En Avant", c'est ce que nous relate le Lexovien. Se trouve près de lui pour encore un long moment, Maurice Vacher du 119e RI.

 

Si la bataille en 1995 a cessé, reste le spectacle de camps figés dans leur position initiale. La route nationale, le canal et maintenant l'autoroute continuent à matérialiser la frontière entre les deux camps : d'un côté à l'ouest de cette frontière le cimetière français, de l'autre à l'est (ils ont été maintenus sur l'autre rive) le cimetière allemand.

La blessure d'Edouard Bauchet à la ferme du Luxembourg fut-elle soignée, négligée ou tout simplement fallait-il attendre une accalmie pour recevoir des soins, toujours est-il qu'Edouard Bauchet est retrouvé dans l'ambulance 5/3 à Sapigneul (Marne) un mois plus tard, 50 kilomètres à l'est de Reims.

Jean Rouaud "dans les champs d'honneur" nous parle de "ces ambulances improvisées, de ces suspensions rudimentaires, de ces routes approximatives et de ces nids de poule qui arrachent des plaintes aux blessés. Sous la fièvre, à des bribes de mots, à des convulsions de terreur sur les visages, on reconnaît le ressassement halluciné de ces visions d'enfer".

L'ambulance 5/3 c'est un poste de soins de campagne où Edouard Bauchet séjourne du 30 octobre au 20 novembre 1914. Il est ensuite évacué... sans doute vers un hôpital à Clermont, disait-il, mais aucune trace à hôpital de Clermont en Argonne le plus proche, aucune trace dans les treize hôpitaux militaires de Clermont Ferrand.

Pourtant j'ai pu retrouver des correspondances attestant le passage des soldats du 319e R.I. en 1916 à l'hôpital auxiliaire du Tertre à Clermond Ferrand.

Sur le carnet de passage d'Edouard Bauchet à l'ambulance, il est noté comme diagnostic : "délabrement du bras gauche et de la cuisse droite par balles".

Cependant, le séjour à l'ambulance est parfois considéré comme une alternative confortable; elle est parfois enviée par des compagnons. Ainsi, Victor Samson, soldat à l'ambulance, originaire de Granville, reçoit une carte d'un ami qui lui écrit : "j'ignorais que tu étais à l'ambulance et bien vieux copain, si tu peux y rester c'est ce que je te souhaite parce qu'il ne fait pas trop bon au Bois Sabot. Tu dois en avoir une idée".

Après les premiers soins donnés au front, les soldats sont envoyés "se refaire" dans l'arrière pays. Ainsi on retrouve des soldats normands du 119e RI à l'hôpital de Toulouse. Sur une photo prise à cet hôpital  les soldats présentent seulement des blessures aux membres. Sans doute, ces blessés étaient-ils les seuls transportables aussi loin ?

Les convalescents depuis le 1er janvier 1915 bénéficient aussi d'avantages nouveaux, par exemple pour un deuxième classe il s'agit d'une indemnité représentative de vivre de 0,95 franc et d'une allocation journalière de 1 franc 70, indemnité et allocation cependant très inférieures à celles des gradés.
Les blessés et les morts après ces premières et terribles batailles sont nombreux.

Bien sûr tout le monde a le souvenir de Charles Peguy qui est mort à Villeroy le 5 septembre 1914 dans les toutes premières contre attaques de la Marne. Il y a aussi cet anonyme amputé du bras droit et qui ô ironie, a été décoré, comme si une médaille pouvait remplacer un bras ? Il nous fait, ce blessé , penser à Blaise Cendrars et à sa main droite coupée.

- IV -

1915 LES TRANCHEES


L'année 1915 passe sans qu'on ait aucune nouvelle. L'angoisse d'une guerre qui s'éternise apparaît. Ainsi le 13 août 1915 un soldat écrivait à ses parents "Tous les ans à cette époque j'avais le bonheur d'être auprès de vous et pendant un mois j'oubliais complètement l'école. Au début de cette guerre je ne pensais pas qu'elle put durer aussi longtemps".

La guerre d'abord traîne puis s'enlise au sens propre et au sens figuré dès la fin de l'année 1914. Les soldats disparaissent dans les multiples tranchées qu'ils vont creuser. Les fantassins se terrent et parfois s'enterrent.

La guerre devient plus qu'un enlisement quand la pluie s'en mêle et que tranchées et boyaux deviennent des fondrières.

C'est encore Jean Rouaud qui décrit "cette pluie interminable qui transforme la terre en cloaque, qui inonde les trous d'obus où le soldat lourdement harnaché se noie, cette pluie qui ruisselle dans les tranchées, qui effondre les barrières de sable, qui s'infiltre par le col et les souliers, alourdit le drap du costume, liquéfie les os, pénètre jusqu'au centre de la terre, comme si le monde n'était plus qu'une éponge, un marécage infernal pour les âmes en souffrance...".

Si de novembre 1914 à décembre 1916 on n'entend plus parler d'Edouard Bauchet, certains de ses compagnons nous ont laissé quelques souvenirs. Ainsi j'ai retrouvé une photographie de militaires du 5e Régiment d'Infanterie, le fidèle voisin du 119e RI puisqu'au sein de la 6e DI ils formaient la 12e brigade et participaient aux mêmes opérations.

Il s'agit de gars de Falaise, non pas le fameux gars de Falaise à la candelle mais des dénommés Darthuy, Dériban, Bergonval, Delalonde etc... Eux-mêmes étaient victimes visiblement de ces intempéries.

Ce 15 mars 1915, ils se retrouvent, en apparence transis, réunis autour d'un brasero : Martin et Jarrigé les adjudants ayant revêtu leurs fourrures et protégés par un passe montagne sont les plus couverts. Leur tenue permettant de résister au froid correspond peut être au privilège lié à leur grade. Ainsi Jarrigé est-il le seul à porter des gants.

Henri Barbusse dans "le feu" nous décrit ces divers accoutrements pour résister aux intempéries comme ceux que l'on voit sur cette photo.

"Il y a trop longtemps que dure le grand drame que nous jouons et on ne s'étonne plus de la tête qu'on y a prise et de l'accoutrement qu'on s'y est inventé, pour se défendre contre la pluie qui vient d'en haut, contre la boue qui vient d'en bas, contre le froid cette espèce d'infini qui est partout. Peaux de bêtes, paquets de couvertures, toiles, passe montagnes, bonnets de laine, de fourrure, cache nez enflés ou remontés en turbans, capitonnages de tricots et de surtricots, revêtements et toitures de capuchons goudronnés, gommés caoutchoutés, noirs ou de toutes les couleurs - passées - de l'arc en ciel, recouvrant les hommes, effacent leurs uniformes presque autant que leur peau et les immensifient".

Parmi ces pauvres soldats, au premier plan, le sergent Danville Deriban avec son épée s'apprête à faire tomber un charbon de bois dans le brasero et ostensiblement il pose pour le photographe.

Delalonde et Jarrigé eux ont la pipe à la main. Delalonde, lui c'est le cycliste ; il trône sur un seau, gardant précautionneusement avec sa main gauche le sac de charbon de bois.

Il est le seul à avoir des sacoches sur le dos sans doute est-ce lui qui comme cycliste est chargé de porter et d'aller chercher les nouvelles.

Si nous ajoutons aux précédents le dénommé Pataud, sergent fourrier, nous avons la palette de toutes les fonctions exercées dans une compagnie. Le responsable du ravitaillement a un rôle lui aussi indispensable.

La tranchée est toute proche : derrière Darthuy on peut voir le clayonnage de la tranchée. Les pelles - de leur fabrication évidemment - permettent si ce n'est de creuser, tout du moins de vider la tranchée de la boue, et même des éboulis (on a pu voir sur certaines photos des balayeurs de tranchée avec des balais faits de fagots). Au premier plan de la photo, le superbe panier d'osier et la timbale sans doute pleine de l'indispensable jus soutenue par une baguette qui permet de la tenir au dessus du foyer sans se brûler.

Mais pour nous le grand silence qui entoure pendant cette année 1915 le 119e RI, ne nous inspire pas grand chose qui vaille (bien sûr il y aurait une éventuelle hospitalisation prolongée qui expliquerait l'absence de nouvelle). Mais nous ne pouvons nous contenter de cette explication. Ce silence est d'autant plus inquiétant qu'au bout, nous le saurons plus tard, il y aura Verdun, le Chemin des Dames.

Des traces minimes nous sont parvenues. De février à avril 1915 ce fut la meurtrière batailles des Eparges au Sud Est de Verdun. Cette bataille n'apporta pour ainsi dire aucun bénéfice stratégique. Edouard Bauchet y participa et en ressortit indemne alors que le nombre des tués fut très élevé. Nous n'avons aucune trace de ce passage, seulement l'évocation de ce nom par Edouard Bauchet près des ses enfants.. Le 18 mars 1915, le soldat Besnier du 4e escadron du train écrivait : "Depuis le début de la guerre, je n'ai jamais entendu un tir d'artillerie pareil à celui qui se passe en ce moment, un roulement de tonnerre continu jour et nuit, c'est effrayant, il faut y être je vous assure pour se faire une idée de ce que c'est ! Aussi qu'est-ce-que les allemands doivent prendre en ce moment, il est absolument impossible qu'ils y tiennent ; aussi beaucoup se rendent et j'en vois tous les jours des prisonniers qu'on évacue en arrière. Quand est-ce donc que l'on tiendra le dernier et que tout sera fini ?"

On est aussi peut être en droit d'imaginer des permissions d'Edouard Bauchet et d'Albert Poulain à la caserne Delaunay à Lisieux. La caserne Delaunay avait été construite à Lisieux en 1875. Pour la petite histoire on peut citer Jacques Henry qui nous rapporte que parmi les premiers occupants de cette caserne on trouva le célèbre humoriste de Honfleur Alphonse Allais. On sait qu'ils se rendaient de concert de Lisieux à Auvillars à pied par le vallon de Montreuil. Le trajet ne faisait que 15 kilomètres c'est-à-dire un rien pour des fantassins même harassés. On peut imaginer aussi des périodes de repos à l'arrière des premières lignes, des déplacements d'un front à l'autre, en train ou à pied. Ainsi le 27 mars 1915, Edouard Bauchet qui était mobilisé au 119ème RI secteur 81, vient à Bonnebosq, à l’occasion d’une permission régulière, signer avec sa future épouse, devant le notaire, les clauses et les conditions civiles du mariage projeté le 30 Août 1918

Le temps commencent à devenir long. Le poilu rêve encore un peu comme du temps du service à Courbevoie, mais il ne s'agit plus ni des midinettes et des frivoles mais seulement des mondaines et des boniches. Doutant de son avenir, ses désirs sont simples: de l'argent, des lettres, du perlot, une permission. La hantise de la blessures les habite. Que les temps ont changé. Des idées pacifistes peuvent parfois nourrir la revendication d'un prochain armistice. On imagine des permissions dont on a vaguement conservé le souvenir, mais on peut aussi imaginer des opérations qui quoiqu'isolées étaient périlleuses. En témoigne cette photographie de la section de mitrailleuse du 119e RI dont fait partie dorénavant Edouard Bauchet et que l'on trouve en position dans la campagne. Ici, le 119e pose pour le service photographique officiel de l'armée ; on peut facilement imaginer que ce n'était pas toujours aussi calme.

Le moral des troupes n'est plus aussi euphorique qu'il l'était lors des premiers mois.

Une lettre adressée par un soldat du front en octobre 1915 témoigne de ces inquiétudes et du sentiment d'absurdité de cette guerre, même si une pointe d'humour permet de résister moralement et de garder un minimum d'humanité. Voici son contenu :

"Cher Mr Gomer "

"Votre lettre du 2 septembre m'est bien arrivée, toute chargée de nouvelles du pays, les unes bonnes, les autres mauvaises. Excusez-moi si j'y réponds par une simple carte mais je comptais aller vous causer moi même, ce qui m'aurait beaucoup mieux plu que de vous écrire ; d'où une déception qui m'a coupé complètement mon inspiration. Je pense souvent à vous et me dis que ce qui nous parait monotone et n'excite même plus beaucoup notre curiosité depuis quatorze mois que nous le voyons, vous intéresserait vivement... pendant quelques jours : les tirs sur avions, les tirs sur les tranchées boches, les prisonniers que nous voyons aussi de temps en temps. Hier encore j'en ai vu passer six qui avaient joliment mauvaise mine : ils étaient jaunes terreux, maigres et avaient l'air un peu fou ce qui n'a rien d'étonnant. Ils étaient plus faits pour inspirer la pitié que la haine. Il y en avait un qui nous offrait en souvenir des boutons de sa tunique. Il est vrai que chez eux les nôtres ne doivent pas marquer beaucoup mieux. Il en est pas mal de ces pauvres gars qui n'espéraient plus trouver de repos que le repos éternel et qui aperçoivent ainsi une planche de salut. Alors cela leur semble bon de tirer un peu leur pauvre carcasse de sous les 75 que nous leur envoyons drus comme grêle. Au revoir, cher Monsieur Gomer, espérons que nous retrouverons au réveil de cet affreux cauchemar".
R.

D'autres normands du Calvados comme l'arrière grand père d'une amie, Léopold Mahia originaire de Lantheuil est photographié à la sortie d'une tranchée près d'une cloche d'alarme aux gaz. Cela a lieu à Armancourt en 1916. Léopold Mahia tombera un peu plus tard au front.

1916 : c'est aussi la  période du plein développement des oeuvres de soutien aux poilus.

A quelques kilomètres d'Auvillars, le cercle Saint Michel de Pont l'Evêque, propose des séances récréatives au profit de l'oeuvre des prisonniers de guerre. Au programme figurent des chansonnettes, des choeurs, de courtes pièces de théâtre sur des thèmes soit patriotiques soit franchement guerriers. Ces morceaux sont interprétés par des enfants en première partie mais aussi par des adultes ; les bénéfices vont droit à l'oeuvre du poilu.

L'union sportive de Pont l'Evêque participe aussi au soutien en organisant un tournoi de football au profit de l'oeuvre du poilu. Les footballeurs du pays d'Auge avec l'argent récolté envisagent d'acheter des ballons qu'ils enverront aux militaires pour qu'ils puissent occuper agréablement leurs loisirs au front.

Le système d'envoi des colis, le soutien matériel et moral des "marraines" est maintenant bien mis au point. Les familles qui veulent adresser des vivres aux soldats du 119e RI au front, doivent venir déposer leurs colis à la Caserne Chazot de Lisieux qui a organisé un accueil quotidien à cette fin : le plus souvent ils contiennent du beurre, du sucre, du savon, des lainages et exceptionnellement des galoches

- V -

VERDUN

Sur la bataille de Verdun, le Chemin des Dames, nous ne retrouvons aucune trace pourtant nous sommes certains qu'Edouard Bauchet et le 119e RI y ont participé. Sur les cartes militaires, le 119e RI est présent tout au long de l'enfer de Verdun.

Un élément nous est parvenu de cet enfer. Edouard Bauchet a eu une nouvelle citation le 22 décembre 1916. A travers celle-ci essayons de retrouver comment les événements se sont déroulés. D'abord la citation, la voici dans son intégralité :

"le 22 décembre 1916 Edouard Bauchet est cité à l'ordre du régiment en ces termes : tireur mitrailleur d'élite au cours d'une relève pénible le 22 décembre 1916, s'est porté au secours d'un camarade enlisé avec sa pièce dans un trou d'obus, a pris la pièce et a rejoint immédiatement la section".

Cet épisode, grâce au journal des opérations et marches militaires, nous avons pu le situer ; cela s'est passé à Bezonvaux à huit kilomètres au Nord Est de Verdun. Ce 22 décembre 1916, le 119e participe à la bataille de Verdun. Depuis quelques jours les soldats aménagent d'anciennes tranchées ou trous d'obus, déblaient les abris allemands, ceci étant rendu facile du fait de l'inactivité des fantassins allemands.

Dans cette région, c'est à Bezonvaux que les lignes françaises et allemandes sont les plus proches. Elles se touchent quasiment ne sont distantes que de 50 mètres à Bezonvaux et seulement de quelques centaines de mètres un peu plus loin. Si l'infanterie allemande ne se montre guère, l'artillerie allemande elle par contre est très active.

Noël approche, l'hiver est glacial et dans les tranchées de Bezonvaux (cela n'est pas un mythe, cela est rapporté précisément), les hommes du 119e RI qui doivent rester dans la boue, ont de nombreuses gelures aux pieds.

Les forces françaises se regroupent autour de Bezonvaux, rassemblent munitions et vivres. Les soldats français subissent la pression ; des tués, des blessés parfois évacués, des malades, des pieds gelés, le bilan est lourd.

Par ordre le 119e RI doit diminuer sa présence près du fort de Bezonvaux, pour se replier vers la Valtoline.

C'est lors du repli des troupes en provenance de Bezonvaux vers la Valtoline que les corvées de transport sont bombardées le 21 décembre 1916. La compagnie de mitrailleuses dont fait partie Edouard Bauchet reçoit l'ordre de se replier à la Valtoline en dernier, pour son malheur.

C'est dans ces conditions que ce 22 décembre Edouard Bauchet a secouru un camarade enlisé. Pour cette seule période d'une semaine du 18 décembre au 25 décembre 1916, le 119e RI a eu dans ses rangs cinquante cinq morts et cent soixante blessés. Triste Noël pour ces hommes !.

Toucher le fond de  la misère Dorgelès en a le souvenir :

"Oui, il a fallu connaître la misère, avant nous ne savions pas, nous étions ingrats. Maintenant, on savoure la moindre joie, comme un dessert dont on est privé.

Le bonheur est partout ; c'est le gourbi où il ne pleut pas, une soupe bien chaude, la litière de paille sale où l'on se couche, l'histoire drôle qu'un copain raconte, une nuit sans corvée...

Le bonheur ; mais cela tient dans les deux pages d'une lettre de chez soi, dans un fond de quart de rhum. Pareil aux enfants pauvres, le soldat fait du bonheur avec tout ce qui traîne, un pavé, rien qu'un pavé où se poser dans un ruisseau de boue, c'est encore du bonheur. Mais il faut avoir traversé la boue pour le savoir".

Verdun, les relèves d'infanterie s'effectuent. Des hommes plus frais, envoyés au front croisent ceux qui épuisés, meurtris, blessés se replient quelque temps pour récupérer un peu de force avant de - ils n'ont pas d'autre choix - retourner au front.

A nouveau silence sur Edouard Bauchet.

Le printemps 1917, c'est l'époque des importantes mutineries dans l'Aisne. Elles sont mentionnées dans le livre de Pedroncini : "1917, les mutineries de l'armée française". Fallait-il s'attendre à une censure, toujours est-il qu'elles n'apparaissent pas dans le Journal des Marches et Opérations militaires du 119e RI.

Pourtant des incidents graves ont eu lieu au sein du 119e RI le 1er juin 1917.

Le lendemain le 2 juin, le 119e RI est envoyé au casse-pipes, un peu plus au nord dans le chemin des Dames : sanglants combats au corps à corps, utilisation par les allemands de lance-flammes (flammen werfer), de projectiles asphyxiants, pilonnages par l'artillerie, durent sept jours. Malgré ces conditions dantesques, l'armée allemande est repoussée au Nord. Edouard Bauchet est nommé caporal le 26 juin 1917, c'est-à-dire quinze jours plus tard.

Avril 1918 : le 119e RI et plus particulièrement le 1er bataillon avec Edouard Bauchet est à nouveau victime de bombardements d'obus toxiques et perd en deux jours 20 soldats du fait des gaz. C'est là, la troisième fois que les gaz sont employés contre le 119e RI si l'on tient compte de la bataille de la Somme en janvier 1916 et du chemin aux Dames en juin 1917.

1917 : la pénurie frappe la France ; dans le Calvados si la presse se fait le relais du gouvernement en mettant à la une, régulièrement, comme dans "le pays d'Auge" (édition de Pont l'Evêque), qu'il n'y a aucun risque de pénurie pour le charbon et qu'il arrive même, parfois, qu'on puisse en trouver accidentellement sur la place comme à Villerville (on parle de 4 tonnes déversées après un naufrage peut-être), la presse revient sans cesse sur les mesures à prendre pour lutter contre la pénurie de cuir. Le gouvernement est invité par les journalistes à créer une "chaussure nationale" économique et d'un modèle unique, les militaires qui sont affectés dans les bureaux seraient bien vus de chausser des pantoufles et de laisser leurs bottes et leurs chaussures aux combattants, quant à ceux qui ne sont pas au front, des bandes molletières remplaceraient opportunément leurs guêtres ; de même on pourrait leur interdire de porter des ceinturons-baudrier. La presse se fait aussi l'écho de la rareté de la viande, de la laine qui devient l'objet de réglementation même dans le pays d'Auge. Il en est de même pour le foin qui est réquisitionné.

- VI -
AOUT 1918

LA BATAILLE DE L' ARONDE


Le 8 mai 1918, Edouard Bauchet rencontre son futur beau frère Albert Poulain à Saint Jean sur Tourbe près de Valmy et de Suippes. Il s'agit  d'une permission. Le 1er bataillon était, nous l'apprenons par les archives, relevé du 1er au 9 mai 1918. On peut imaginer qu'ils s'entretiennent du futur mariage d'Edouard dans trois mois. Albert Poulain à ce moment ne fait plus partie du même régiment que son beau frère. Il est au 163e RI.

On les voit tous les deux, sur une des rares photos prises pendant cette période. La photo est dédicacée. Edouard Bauchet arbore sa première médaille.

L'avenir s'obscurcit, car des batailles dont celle de la Somme s'annoncent avant le prochain mariage.

En juillet 1918, le 9, il se voit à nouveau cité pour un assaut victorieux dans les termes suivants :

"Excellent chef de pièce, a vaillament entraîné ses hommes à l'assaut des positions ennemies dans la journée du 9 juillet 1918". En effet, ce 9 juillet le 1er bataillon du 119e RI, nommé bataillon Bedoura (du nom du capitaine qui le dirigeait) a enlevé, en pleine nuit à 3 h 30 du matin la ferme Porte à 20 km au Nord Ouest de Compiègne. Résultat : 140 prisonniers, et un important butin pris aux allemands ; tout ceci a valu une large distribution de citations et de médailles dont une légion d'honneur au sous-lieutenant Malbrancq.

On imagine que plus la guerre dure, plus la lassitude envahit les hommes et que des encouragements voire des citations sont de plus en plus nécessaires.

Un mois plus tard ce sera la bataille de l'Oise, principalement autour de Roye.

Le 10 août 1918, le régiment est stationné dans le bois de Ressons à 20 kilomètres au sud de Roye. A 4 heures 20, l'attaque se déclenche. Il s'agit de remonter vers le nord vers Roye et de traverser une succession de villages dont les maisons de briques rouges sont disposées de chaque côté d'une large rue principale.

Deux bataillons sont en première ligne, un troisième en soutien.

A 6 heures 30 les détachements poussés en avant pour le nettoyage ont rempli leur mission.

A 8 heures le combat s'engage dans Ressons qui doit être conquis maison par maison.

A 11 heures 30 le village est entièrement occupé.

 A 14 heures, pour aider la progression de la division d'infanterie à droite, le premier bataillon nettoie Gayencourt.

A 14 heures 15 pendant que le 1er bataillon enlève la lisière sud de Neuville sur Ressons, le 2e bataillon s'élève sur la lisière ouest en entamant une lutte très vive contre les mitrailleuses.

A 14 heures 30 le Haut Matz est enlevé.

A 15 heures, le 1er bataillon de 119e RI traverse Ricquebourg et vient en bordure de la lisière nord du village.

A 21 heures, le 1er bataillon du 119e pour couvrir le flanc droit du 28 RI doit se porter au nord ouest dans la direction de Canchy les Pots, et enlève le village de Manceau.

Il a été capturé dans cette journée du 10 août 1918, 130 prisonniers dont un officier, deux M.W légers, cinq mitrailleuses lourdes, des grenaden werfer nombreux, du matériel et des munitions, mais aussi quatre obusiers de gros calibre.

Pour cette journée du 10 août, Edouard Bauchet est cité à l'ordre de la brigade n°80 le 31 août 1918 dans ces termes : "Excellent chef de pièce, s'est particulièrement distingué aux attaques du 10 août 1918 à son poste de combat".

Mais le lendemain, le 11 août, la bataille continue à Roye sur Matz.

A 5 heures du matin, le 2e et 3e bataillons du 119e RI reprennent l'attaque en première ligne, le 1er bataillon étant lui en réserve.

Le village de la Berlière est traversé sous un violent tir d'artillerie.

A 8 heures, pendant que le premier bataillon s'établit sur la lisière sud de Roye sur Matz, le 2e bataillon à droite et le 3e bataillon à gauche débordent la localité.

Des combats à la grenade ont lieu dans les maisons de Roye sur Matz qui est définitivement conquis à 9 heures en même temps que la côte 83 est enlevée.

Toute l'opération sur Roye sur Matz s'est accomplie sans l'aide de l'artillerie. La défense de l'ennemi a été particulièrement acharnée sur la lisière Est du village.

Plusieurs allemands ayant refusé de se rendre ont du être tués sur place. Il a été fait dans cette opération une centaine de prisonniers.

La bataille se poursuit le lendemain 11 août 1918.

A 10 heures : reprise de l'opération en direction de Canny. De nombreuses mitrailleuses établies sur les flancs du régiment qui est en flèche rendent le mouvement extrêmement difficile. Le soldats progressent par infiltrations.

A 19 heures sur la demande du 404e RI qui doit marcher dans la direction de Lassigny, le 2e bataillon occupe ce qui doit être une petite tranchée si l'on en juge par son nom : la tranchée du Castor et du Colibri.

Au cours de ces journées du 10 et 11 août 1918 il est rapporté que toutes les unités du régiment ont rivalisé d'ardeur et de belle tenue au feu et fait preuve d'une souplesse de manoeuvre remarquable qui leur a permis d'aborder et d'enlever dans les meilleures conditions les longues localités âprement défendues qui jalonnaient l'axe de la marche de la division.

Il est dit aussi que c'est dans les mêmes conditions que gradés et soldats seront prêts à reprendre la marche en avant le 12 août dès la première heure pour l'enlèvement de nouveaux objectifs.

La résistance allemande cependant deviendra plus acharnée car l'armée française butera sur celle-ci pendant une semaine à Canny sur Matz avant d'atteindre Lassigny.

Pour les journées du 10 et 11 août le total des pertes du 119e RI est de 34 tués, 35 disparus et 191 blessés. Parmi ceux-ci se trouve à nouveau Edouard Bauchet qui a été blessé le 11 août 1918 à Roye sur Matz par des éclats d'obus et qui a eu des plaies superficielles à la région mastoïdienne gauche.

Pour les amateurs de matériel militaire, voici ce qui fut récupéré justement à Roye sur Matz ce 11 août 1918.

A Roye sur Matz ont été récupérés dans le village :

- dix mitrailleuses dont huit de modèle 1907T et deux mitrailleuses Hotchkiss,
- dix fusils mitrailleurs,
- cinquante fusils allemands,
- des milliers de cartouches et de grenades,
- un dépôt de fusées de 75,
- un fourgon d'artillerie,
- une ambulance de campagne,
- deux cuisines roulantes,
- un caisson allemand,
- un dépôt de matériel important,
- du matériel téléphonique.

Ainsi 18 jours avant son mariage, alors que les bans sont publiés, Edouard Bauchet est blessé.

Doublement chanceux quand même :

- d'abord la blessure est superficielle. Bien que dans la partie latérale du crâne, on ne la voit pas sur les photos du mariage le 30 août 1918.

- ensuite, il hérite d'une citation à l'ordre de la brigade et récompense bienvenue il obtient un certificat de bonne conduite ce qui lui permet d'avoir une permission de quinze jours.

A moins que cela ne fasse partie que des "bonnes blessures" dont parle Barbusse dans "Le Feu" quand il prête à Farfadet ces propos :

"Au commencement, je trouvais drôle quand j'entendais désirer "la bonne blessure". Mais tout de même, quoiqu'on puisse dire, tout de même, je comprends, maintenant qu'c'est la seule chose qu'un pauvre soldat puisse espérer qui ne soit pas fou. Comment ne pas l'envier ? Il allait s'en aller pour un ou deux ou trois mois et pendant cette saison au lieu d'être exposé et misérable il serait métamorphosé en rentier".

Edouard Bauchet peut donc se rendre avec son beau frère A. Poulain à Auvillars - et pour quelle métamorphose ! puisqu'il s'agit de se marier avec Marie Poulain -. Compte tenu du temps nécessaire aux trajets aller et retour, la permission a du lui paraître bien courte et on peut imaginer son désarroi lors du retour sur le front daté de façon précise le 14 septembre 1918, tout juste deux mois avant l'armistice.


Photo de mariage d'Edouard Bauchet

- VII -

L'ARMISTICE - L'APRES GUERRE

Ainsi deux mois plus tard le 11 novembre 1918, l'Armistice est accueilli avec joie ; la veine des chansons populaires traduit cet enthousiasme. Les chansons louent les vainqueurs. Elles ont pour titre : "ils ont signé", "merci à nos poilus" etc...

La guerre ne se termina pas comme cela pour Edouard Bauchet puisqu'il fut maintenu sous les drapeaux (et je me demande encore aujourd'hui pour quelle raison) pendant huit mois.

Pendant cette période c'est-à-dire de janvier à août 1919, il servit comme ordonnance d'un officier à Coblence. On peut imaginer que le caporal Bauchet n'étant pas encore démobilisé, cette affectation à l'étranger, même si le bénéficiaire en question venait de se marier, devait être considérée comme une récompense voire un honneur.

Il ne fut effectivement envoyé en congé illimité de démobilisation que le 21 août 1919 c'est-à-dire exactement cinq ans après le début de la guerre.

Il fut nommé réserviste seulement en 1929 au 136e RI de Caen à 38 ans en même temps qu'il se voyait décerner la médaille militaire.

Il fut dégagé de toutes les obligations militaires au milieu de la guerre 39-45 le 15 octobre 1940 à 49 ans et demi.

Que pouvait signifier, cette remise de service de six mois à cet âge, pour quelqu'un qui avait tant souffert ? Une mascarade de récompense ? En est-il de même pour ces médailles qui sont distillées au compte goutte et qu'Edouard Bauchet se refuse d'aller chercher, attendant seulement que la gendarmerie lui apporte ?

Edouard Bauchet édifie quelques années plus tard à mi distance de son domicile la ferme des Bruyères et de celui de son beau frère Albert Poulain un calvaire à Auvillars exactement au Carrefour des champs Quillès.


Cela faisait suite au voeu qu'il avait prononcé sur le front dans le cas où tous les deux reviendraient vivants de cette guerre.
Ce calvaire existe toujours et le hasard a voulu que le chemin qui relie Auvillars à Montreuil où se trouve ce calvaire soit dénommé chemin de l'Enfer. C'est pourtant un chemin très agréable, ombragé, recouvert par les frondaisons mais qui donne effectivement l'impression de s'enfoncer en descendant dans la nuit. Enfer du Pays d'Auge qui n'a rien à voir avec celui de Verdun !

Edouard Bauchet et Albert Poulain ont été reconnus, accueillis dans leur bourgade et n'ont pas eu à vivre ce que redoutait un personnage de Barbusse qui s'écriait "quand je rentrerai, personne ne me reconnaîtra, tellement longtemps j'ai été triste".

Edouard Bauchet décéda en 1979 à l'âge de 88 ans.


Médailles reçues par Edouard Bauchet
(Entre autre : Officier de la légion d'honneur - Médaille militaire - Croix du combattant avec 3 citations - Médaille de Verdun)

- VIII -

EPILOGUE

De toute cette guerre, je n'ai rien retrouvé de sa participation à l'enfer de Verdun, aux Eparges, à la bataille du fort de Douaumont, aux batailles du chemin des Dames de la Ferté sous Jouarre, et même de plusieurs gazages à l'ypérite autant d'événements qu'il a transmis à ses enfants et qui se sont perdus dans des mémoires de plus en plus floues.

Quelques souvenirs surtout quand ils rencontraient les questionnements et les doutes d'un enfant, me reviennent à la mémoire comme cette affirmation de mon grand père qui disait avoir été obligé de boire son urine dans les tranchées quand la corvée ne fournissait plus ni boisson ni nourriture. (Barbusse dans "Le Feu" décrit aussi cette situation "Dans c'boyau que j'te dis, on est resté trois jours sans ravitaillement, trois jours pleins sans rien, rien. Que veux-tu on buvait son urine, mais c'était pas ça").

Après coup, je peux maintenant me dire que ce n'était ni une invention d'enfant, ni un fantasme, ni quelque chose que j'aurais mal compris ou interprété. C'était la réalité et j'imagine même que cela ait pu se passer sur les collines caillouteuses autour de Verdun où il n'y avait pas d'eau, seulement celle qui stagnait, polluée par les cadavres, dans les trous d'obus.

Absence de traces écrites bien sûr, mais comment traduire l'enfer de Verdun ? Avaient-ils le temps et l'âme pour écrire ? Ceux qui l'ont fait, ne l'ont fait que plus tard sous forme de souvenirs.

D'autres beaucoup plus récemment comme Rouaud qui ne l'ont pas vécu ont pu peut-être mieux le traduire que ces infortunés qui subissaient jour après jour une telle barbarie qu'ils ne pouvaient ni se la représenter ni nous la représenter.

De plus il était interdit d'écrire sous peine de passer au tourniquet. Si le soldat écrivait il ne devait être fait mention ni du lieu ni de la date. Par ailleurs, comment prendre des photos, comment les conserver, alors que cela était totalement interdit et qu'on ne disposait d'aucun matériel, d'aucun ravitaillement et que les conditions de vie étaient épouvantables.

Le registre matricule, les états de services, les rapports médicaux n'ont retenu que les campagnes, les citations, les décorations et les blessures. La souffrance au quotidien n'y apparaît pas.

Mémoire du régiment, le journal des opérations et marches militaires a permis de situer nombre de ces événements et de retracer l'historique des faits.

Peut-être ce journal a-t-il été rédigé par un de ses soldats anonymes du 119e RI que l'on voit la plume à la main.


ANNEXES
La guerre de 1914 - 1918 vue et vécue à travers la presse locale de l'arrondissement de Pont l'Evêque, dont font partie les communes d'Auvillars et de Bonnebosq (extraits du journal "Le Pays d'Auge" - édition de Pont L'Evêque).

SOMMAIRE

1 - Mobilisation

2 - Les Hommes

- blessés et réfugiés dans l'arrondissement
- soutien - oeuvres - souscriptions - courriers aux militaires
- citations - insignes - médailles

3 - Présence et vie militaire dans l'arrondissement

4 - Réglementation militaire

- règlement généraux
- permissions agricoles

5 - Discours et intervention des différents hommes politiques et membres de société

6 - Pénurie - Ravitaillement - Réquisition

7 - Rumeurs, anecdotes à des fins de propagande

1 - MOBILISATION

Le Pays d'Auge du 1er août 1914

Dernière heure. Pont l'Evêque 4 h 30 du soir. Au moment de mettre sous presse, l'ordre de mobilisation vient de parvenir en notre ville. Depuis ce matin on s'attendait à cette décision.

Le Lexovien du 5 août 1914

"Hier vers midi, un convoi important de troupes stationnait en gare de Lisieux. Sur l'autre quai arrivait au même moment des artistes des casinos de Trouville et de Deauville qui attendaient un train pour rentrer à Paris. Comme les soldats chantaient, un des artistes Monsieur Bizet des concerts Colonne sortit son cornet à piston de son étui et joua successivement les hymnes nationaux français, russe et anglais.

Monsieur Payan accompagné de Monsieur Bizet chanta quelques strophes de notre hymne national. Les derniers refrains furent repris en choeur par les soldats et par toutes les personnes présentes, puis une acclamation formidable s'éleva. Tout le monde criait à pleins poumons "Vive la France ! Vive l'armée ! Vive la Russie ! Vive l'Angleterre !"

Les chapeaux, les képis, les casquettes à bout de bras, tous les assistants riant et pleurant manifestaient de tout leur coeur leur attachement à notre patrie".

2 - BLESSES et REFUGIES dans l'ARRONDISSEMENT

Le Pays d'Auge du 26 août 1914

Des blessés arrivent à Deauville. Un convoi de 250 blessés provenant de Charleroi est passé hier soir en gare de Pont l'Evêque vers 5 heures et demi à destination de l'hôpital de Deauville. Nos blessés, dont la plupart ne paraissaient que peu gravement atteints ont été salués avec enthousiasme par nos concitoyens à proximité de la ligne.

Le Pays d'Auge du 9 septembre 1914

Est dressée dans cette édition, la liste des blessés soignés à l'hôpital de la Croix Rouge à Pont l'Evêque.

Le Pays d'Auge de 2 décembre 1914

L'hôpital de la Croix Rouge de Pont l'Evêque qui comptait au début 22 lits a du être porté au chiffre de 37. Les soins les plus éclairés sont donnés à nos valeureux soldats par les Dames du Comité.

Le Pays d'Auge du 27 janvier 1915

180 réfugiés Belges faisant partie d'un convoi de 500 évacués sur notre arrondissement sont arrivés à Pont l'Evêque.
Par les soins de la Municipalité, un repas leur a été servi au Bras d'Or.
Le Pays d'Auge du 23 juin 1915

Un convoi de 18 blessés est arrivé à l'hôpital de la Croix Rouge de Pont l'Evêque.

SOUTIEN - OEUVRES - SOUSCRIPTIONS - COURRIERS AUX MILITAIRES

Le Pays d'Auge du 7 novembre 1914

Est ouverte dans l'arrondissement de Pont l'Evêque une souscription publique pour la fourniture de vêtements d'hiver aux soldats (chaussettes, caleçons, ceintures de flanelle, gilets de santé, cache-nez, mouchoirs, tricots de laine....).

Le Pays d'Auge du 19 mai 1915

A été créée récemment l'Oeuvre des Prisonniers de guerre de l'arrondissement de Pont l'Evêque. Suivent la description de l'organisation, du fonctionnement et les résultats des premières collectes.

Le Pays d'Auge du 4 mars 1916

La France Militaire de Limoges annonce que le Ministre de la guerre a décidé que les hommes présents sous les drapeaux sont autorisés à se faire expédier, par leurs familles, des brodequins galoches à semelles de bois et à tiges montantes. Le prix de remboursement à appliquer à ce genre de chaussures sera de 5 à 6,50 fr. par paire selon la qualité.

Le Pays d'Auge du 22 avril 1916

L'Union Sportive de Pont l'Evêque organise au profit de l'Oeuvre du "Poilu Sportif" une réunion de football ce lundi de Pâques.

Cette oeuvre a pour but de recueillir des fonds dont le montant est destiné à adresser des ballons aux soldats sur le front, afin de leur permettre d'occuper agréablement leurs loisirs.

Le Pays d'Auge du 9 août 1916

De nombreuses cartes écrites d'Allemagne par des prisonniers de guerre et reçues dans notre région, comportent des demandes de sucre, de beurre et de savon...

Les Allemands dont on connaît la gène économique, espèrent se procurer gratis sous forme de savon, quelques tonnes de matières grasses pour la fabrication de dynamite.

Donc pas de savon : ne prolongeons pas la guerre à nos dépens, n'aidons pas les boches à tuer nos soldats.

Le Pays d'Auge de 26 août 1916

Les colis postaux (jusqu'à cinq kilos) à destination des 119e et 319e RI et des 1er, 2e, 4e bataillons du 20e territorial sont reçus  en franchise à la caserne  Chazot  (2e étage) de Lisieux de 8 h du matin à 6 h du soir, le dimanche de 8 h à 9 h du matin.

Le Pays d'Auge du 7 mars 1917

A la salle du Cercle Saint Michel de Pont l'Evêque aura lieu le jeudi 15 mars une séance au profit de l'oeuvre des prisonniers de guerre, séance donnée par les enfants du cercle.

Au programme :

* choeur : la patrie

* chansonnettes :
     - les mémoires d'un entrepreneur
     - sur la place de l'église
     - voilà les kakis
     - les lauriers vont fleurir
     - allons plumons là donc

* choeur : En avant les petits papas

Le 25 mars a eu lieu une nouvelle séance. Au programme :
     - salut aux petits soldats de France
     - les Allemands en ballade
     - l'officier allemand
     - Aigle Teuton et coq gaulois
     - nos bons alliés
     - choeur : les soldats de la République
Les bénéfices seront versés aux oeuvres du Poilu.
Le Pays d'Auge du 23 mai 1917

Les Poilus n'ont droit qu'à une marraine. Il a été signalé au Ministre de la guerre que certains militaires indélicats exploitent les oeuvres et personnes charitables en sollicitant simultanément plusieurs "marraines" et font commerce des objets d'habillement ou d'alimentation que celles-ci leur envoient.

CITATIONS - INSIGNES - MEDAILLES

Le Pays d'Auge du 23 février 1916

Le 119e RI tout entier a été cité à l'ordre de l'armée avec ce motif :

"Sous les ordres du lieutenant colonel HUSBAND a exécuté trois jours de suite des attaques violemment contre-battues par l'ennemi ; a réussi par la persistance de son élan et sa ténacité à franchir trois lignes de défense et à se maintenir sur la position conquise pendant neuf autres jours sous un bombardement incessant, gardant l'ennemi sous la menace de son attaque".

Le Pays d'Auge du 6 mai 1916

Les Normands au bois de la Caillette. Le bulletin des armées publie le récit de la reprise du Bois de la Caillette. "Notre régiment est composé en majeure partie de Normands et de Parisiens, dont les qualités se complètent fort bien. Les premiers sont tenaces et durs à la besogne, les autres gouailleurs et pleins d'un entrain réconfortant. Paysans aussi bien que parisiens rivalisent d'ardeur au combat. Cette émulation fraternelle donne toujours les meilleurs résultats".

Le Pays d'Auge du 14 octobre 1916

L'insigne des blessés.

On sait que tous les réformés de la guerre par suite de blessure ou de maladie contractée ou aggravée au service, ont droit à un insigne spécial. Le choix du ruban, seul, n'avait pas encore été fait... (le Ministre de la guerre) vient d'adopter le modèle définitif. C'est un ruban formé de plusieurs bandes verticales d'inégale largeur et symétriquement disposées, bleues, blanches, rouges et jaune orangé.

Le Pays d'Auge du 20 juin 1917

Médaille d'Honneur des épidémies.

Une médaille d'honneur des épidémies en vermeil a été décernée par décision ministérielle du 6 juin à Mademoiselle Delimoges, infirmière bénévole, à l'hôpital complémentaire n°31 de Deauville.

3 - PRESENCE et VIE MILITAIRE dans l'ARRONDISSEMENT

Le Pays d'Auge du 1er juillet 1914

Le bataillon du 119e RI, en garnison à Lisieux est parti hier soir de cette ville pour opérer le parcours Lisieux-Trouville-Lisieux soit 54 kms avec sac au dos. Il est passé à Pont L'Evêque à minuit et après une grande halte sur la plage de Trouville, a repris la route de Pont l'Evêque où il arrivait ce matin à 9 h. Etant donné la chaleur torride, le commandant qui devait effectuer le trajet en 14 heures, a ordonné la grande halte à la sortie de la ville sous les arbres de la route de Lisieux, d'où les hommes un peu reposés regagneront leur cantonnement. Malgré la température anormale et la très dure étape, les hommes ne paraissent pas trop fatigués et ont traversé la ville en chantant.

Le Pays d'Auge du 5 mai 1915

Passage d'un détachement du 119e RI de Lisieux (600 hommes) à 6 heures à Pont l'Evêque.

"A neuf heures toutes les rues ont été parcourues par une retraite brillamment enlevée par les clairons et les tambours et suivie par un grand nombre de nos concitoyens qui ont acclamé notre vaillante armée".

Le Pays d'Auge du 16 septembre 1916

Un jeune soldat de la classe 18 se pend à Reux. Un soldat de la classe 18, le jeune Othon en garnison à Lisieux, était venu jeudi passer une permission de 24 heures chez son ancien patron Mr Descelliers, cultivateur à Reux. Othon était triste, découragé, il se plaignait des misères, des brimades que sans trêve, il avait à supporter de la part de ses compagnons de chambre, y compris le caporal, tous des parisiens se croyant très intelligents en martyrisant ce pauvre campagnard...

Malgré leur interdiction, les stupides brimades paraissent aussi cruelles et barbares qu'autrefois, puisque leur victime leur a préféré la mort. Pour le bon exemple, nous espérons que les loustics dont les idioties ont causé la détermination d'Othon, seront punis et qu'une surveillance sévère empêchera leur renouvellement.

4 - REGLEMENTS MILITAIRES

Le Pays d'Auge du 11 février 1914

Le "jus de chapeau" remplacé par une soupe chaude. Le Ministre de la guerre vient de prescrire des mesures d'hygiène très strictes pour maintenir en bonnes conditions l'état sanitaire de l'armée.... On devra notamment annonce la France Militaire s'appliquer à rendre le petit déjeuner du matin plus substantiel ainsi que l'exemple en a été donné au 6e corps d'Armée et comme il arrive dans la vie civile lorsqu'il s'agit d'accomplir un travail physique dès le début de la journée ; ce premier repas pourra comporter utilement une bonne soupe chaude au besoin préparée la veille et qu'il suffira de faire réchauffer le matin. Cette soupe remplacerait avantageusement.... le jus de chapeau.

Le Pays d'Auge du 8 janvier 1916

La commission sénatoriale de l'armée avait demandé au gouvernement le mois dernier de rétablir à 50 cl par homme et par jour la ration de vin aux soldats.
Le gouvernement a décidé de rétablir la ration de vin à partir du 5 janvier.

Le Pays d'Auge du 27 septembre 1916

Aux termes d'un décret en date du 21 septembre 1916 rendu sur proposition du Ministre de la guerre il n'est plus interdit aux militaires de fumer la pipe dans la rue et de se raser entièrement.

Le Pays d'Auge du 4 octobre 1916

Depuis le 1er octobre, les militaires des armées ainsi que ceux des régions stationnés au delà de la ligne de démarcation pour la circulation en chemin de fer, bénéficient de trois permissions de sept jours par an, délai de route non compris.

PERMISSIONS "AGRICOLES"

Le Pays d'Auge du 18 avril 1914

Les permissions de moisson.
"Les cultivateurs qui en raison de la pénurie de la main d'oeuvre, prévoient qu'ils auront besoin dans le courant de l'été, d'un ou plusieurs travailleurs militaires devront avant le 1er mai déposer à la mairie de leur commune une demande... indiquant le nombre de militaires dont ils auront besoin et la date à laquelle ces militaires devront leur être envoyés.

Le Pays d'Auge du 4 septembre 1915

Seront accordées des permissions d'automne entre le 1er septembre et le 15 décembre pour les labours et les semailles (NdA : il s'agit des permissions pour les territoriaux).

Le Pays d'Auge du 15 mai 1916

Les permissions pour les militaires herbagers.
En vue de sauvegarder un élément important de la richesse publique, le Ministre de la guerre, a décidé que des permissions de 48 heures pourraient être accordées, mensuellement, pendant toute la durée de la belle saison, aux militaires emboucheurs ou herbagers de profession, appartenant à la zone de l'intérieur afin qu'ils puissent se rendre aux principales foires locales, en vue d'y procéder à la vente des animaux prêts à être livrés à la boucherie et à l'achat de ceux qui doivent les remplacer dans les prairies.
Le Pays d'Auge du 20 décembre 1916

Les demandes de permission agricole nécessitent parfois de longs détails pour établir la quantité de terrain possédée par chaque homme et permettent ainsi toutes les fantaisies de rédaction militaire. Le Ministre de la guerre afin de mettre à la disposition des maires, un exemplaire unique de certificat, vient de mettre à l'étude l'établissement d'une carte permanente d'agriculteur, qui remplacerait tous les certificats antérieurs.

5 - DISCOURS - INTERVENTIONS (Député, Conseil Général - Société Agriculture - Préfet)

Le Pays d'Auge du 27 mai 1914

Le 24 mai, a eu lieu à Bonnebosq la Fête Républicaine Libérale.

Mr Conard, conseiller d'arrondissement demanda à ses amis du canton de se grouper toujours plus nombreux autour du drapeau de la République Libérale qui est le drapeau de la France.

Mr Flandrin, député, montra les bienfaits de la loi des trois ans et les raisons que l'on a de ne pas y toucher. Défendre cette Loi, c'est plaider la cause de la France et de l'Armée qui fut toujours le refuge des héroïsmes et des grandes vertus.

Le Pays d'Auge du 18 juillet 1914

Est relatée l'intervention du député Flandrin de l'arrondissement de Pont l'Evêque dans la séance du 9 juillet 1914. Le député Flandrin vote les crédits pour la mise ne place du nouvel uniforme militaire. Cependant, il attire l'attention sur les risques de méprise par suite de la similitude des uniformes.

"Il est arrivé à plusieurs reprises que nos troupes prenant nos chasseurs à pied, dont l'uniforme sombre se confondait avec celui des allemands, pour des ennemis, n'hésitèrent pas à ouvrir le feu sur eux".

Le Pays d'Auge du 7 novembre 1914

Le Tribunal Civil de Pont l'Evêque saisit et met sous séquestre des biens austro-allemands dans l'arrondissement :

- un cheval "Le Matifan" appartenant à un allemand de Berlin, élevé dans une écurie de Pont l'Evêque
- deux valises avec des objets appartenant à une hongroise de Honfleur
- des biens d'un tailleur pour dames, de nationalité hongroise demeurant à Deauville.

Le Pays d'Auge du 26 mai 1915

Compte rendu de la Société d'Agriculture.

Afin de faciliter l'écoulement du cidre accumulé dans les caves, la Société émet le voeu que "l'Etat fasse entrer le cidre dans la ration du soldat au même titre que le vin".

Le Pays d'Auge du 2 juin 1915

Compte rendu de séance de la Société d'Agriculture réunie le 24 mai.

La Société considérant que le cidre est au premier chef une boisson hygiénique et fortifiante, considérant que de grandes quantités de cette boisson existent dans les caves et pourraient être cédées à des prix avantageux........ estime que dans ces conditions il serait tout à la fois de l'intérêt de l'Etat et de l'Agriculture que le cidre entrât dans l'alimentation du soldat tout au moins dans les dépôts situés en pays cidricole.

Le cidre donnerait à nos jeunes soldats les forces dont ils ont besoin pour supporter les fatigues du métier militaire....

Le Pays d'Auge du 16 juin 1915

Un article relate l'intervention des trois sénateurs du Calvados près du Ministre de l'Agriculture pour obtenir du Ministre de la guerre de la main d'oeuvre pour la fenaison.

Le Pays d'Auge du 27 octobre 1915

Un article relate le débat au Conseil Général au sujet des excédents en cidre dans le Calvados.

"On oblige les soldats Normands et Bretons à boire du vin alors qu'ils préféreraient se désaltérer avec la boisson de leur pays dont leurs familles ne trouvent pas l'emploi".

Henri Chéron veut faire revenir l'autorité militaire sur la prohibition du cidre.

Le Pays d'Auge du 18 août 1917

Interdiction de la Danse par Monsieur le Préfet du Calvados dans les établissements de la côte.

"Il était du devoir de l'autorité de rappeler aux convenances ceux qui oubliaient que nous sommes en guerre et de mettre fin aux scandales dont certaines de nos stations balnéaires étaient le théâtre.

6 - RAVITAILLEMENT - PENURIE - REQUISITION

Le Pays d'Auge du 5 août 1914

Avis au public du Préfet du Calvados, Président du comité de ravitaillement, précisant les heures de départ des trains de Lisieux, pour ravitailler Paris en Bétail sur pied

Jours de Mobilisation
3e
4e
        5e etc..
18e

Heure de départ
12.35
12.35
          4.15 etc..
  3.15

Le Pays d'Auge du 30 septembre 1914

Le Préfet du Calvados adresse à toutes les mairies du département un ordre de recenser le nombre de couvertures disponibles dans la commune pour les céder à l'Armée.

Le Pays d'Auge du 31 octobre 1914

La Mairie de Pont l'Evêque informe ses administrés que le sucre se fait rare et rappelle certaines règles de morale aux épiciers.

Le Pays d'Auge du 13 janvier 1917

Le Maire de Pont l'Evêque a l'honneur d'informer les éleveurs de moutons ou détenteurs de laine qu'ils sont tenus de conserver à la disposition de l'autorité militaire pour être réservées aux besoins de l'armée toutes les laines à provenir de la tonte des ovins au cours de l'année 1917 ainsi que toutes les laines provenant des tontes de l'année 1916

Le Pays d'Auge du 16 mai 1917

Une chaussure nationale !

La raréfaction des cuirs, la hausse qui en résulte ont eu pour résultat une crise assez grave de la chaussure. Si la situation ne s'améliore pas, on est en droit de se demander comment les classes laborieuses pourront, cet hiver, se procurer des souliers.

Au ministère du commerce on songerait à créer "une chaussure nationale". Un comité vient d'être constitué avec mission de fixer un type pratique et solide qui répondrait aux besoins de la population ouvrière et qui pourrait être vendu à un prix relativement peu élevé. Ce prix serait le même pour tout l'ensemble du territoire. La fabrication et la vente des autres types de chaussures continueraient comme actuellement.

Le Pays d'Auge du 13 juillet 1917

Le cuir est cher !

Tout le monde se plaint du prix extrêmement élevé de la chaussure. Il semble qu'une grosse économie de cuir sans gène pour personne serait facilement et immédiatement réalisable. Il suffirait d'un ordre du Ministre de la guerre ainsi conçu :

"L'usage des bottes et des guêtres est formellement interdit aux militaires de tout grade, lorsque ces militaires n'ont d'autre occupation qu'un travail de bureau".

On pourrait même aller plus loin et encourager dans les bureaux militaires l'usage des pantoufles tout en tolérant le port des éperons, sans lesquels certains guerriers d'administration seraient tout à fait incapables d'écrire.

Le Pays d'Auge du 18 juillet 1917

Le Conseil Municipal de Pont l'Evêque donne un avis favorable à la demande des enfants des diverses écoles publiques de la ville pour l'abandon généreux de leurs prix en faveur de diverses oeuvres de guerre.

Le Pays d'Auge du 19 septembre 1917

Le programme de fabrication de la chaussure nationale est actuellement sur pied.

Le Pays d'Auge du 17 octobre 1917

Toujours pour lutter contre la pénurie de cuir, sont prodigués des conseils pour faire sécher les chaussures qui sont hors de prix :

- les bourrer de tampons de papier...
- les mettre à sécher sur une planchette...

(on peut aussi les bourrer avec de l'avoine etc...)

Le Pays d'Auge du 24 octobre 1917

Le Journal Officiel vient de publier un décret soumettant à la réquisition civile tous les établissements industriels et commerciaux servant à la production, la fabrication, la manipulation ou la conservation des chaussures.

Le Pays d'Auge du 17 novembre 1917

Il faut économiser le cuir. L'usage des bandes molletières est préconisé pour les hommes de troupes non montés (NdA s/e au front).

Le port du ceinturon baudrier devra être interdit.

7 - RUMEURS - ANECDOTE à des fins de PROPAGANDE

Le Pays d'Auge du 11 novembre 1914

A propos d'une récente communication de Mr Roux sur les travaux du Pr Nicolle directeur de l'Institut Pasteur de Tunis, Mr Laveran rappelle que les poux sont les propagateurs les plus actifs du typhus exanthématique.

Le Pays d'Auge du 1er mai 1915

"Nos braves poilus sont envahis par la vermine surtout ceux qui séjournent, ne fussent que quelques heures dans les tranchées des Boches, enlevées par eux. Ce que ces animaux là, les Boches, peuvent nourrir de poux et de quelle taille, est incroyable!".

Suivent des conseils pour se débarrasser "de ces alliés des Boches".

Le Pays d'Auge du 3 juillet 1915

Relatant le courrier d'un lecteur paru dans l'écho honfleurais, il est écrit que certains habitants du Pays d'Auge ont entendu le canon tirer sur le Front à Arras distant de 180 kms. Cela n'est pas étonnant car la transmission acoustique est favorisée par la sécheresse. De plus "le bruit se perçoit nettement en forêt en tendant l'oreille vers le sol".

Le Pays d'Auge du 28 juillet 1915

Devant l'éventuelle incrédulité de certains lecteurs concernant la perception du canon à 180 kms, un article du petit Journal est cité comme élément nouveau à ajouter au débat. Cet article relate les constatations de deux éminents personnages Arago et Elie de Beaumont qui confirment cette possibilité d'entendre le canon à 200 kms.

Le débat se poursuit dans l'édition de Pays d'Auge du 25 août 1915.


BIBLIOGRAPHIE

Agathon : les jeunes gens d'Aujourd'hui. Plon 1913

H. Barbusse : le feu. Flammarion 1916

H. Bordeaux : les derniers jours du Fort de Vaux. Plon 1921

L.F Céline : Voyage au bout de la nuit. Gallimard 1952

B. Cendrars : la Main coupée. Denoël 1946

R. Dorgeles : les croix de bois. Albin Michel 1925

L. Garros : les régiments normands au feu. Normandie Publicité 1925

J. Galtier Boissière : Mémoires d'un Parisien. La Table Ronde

M. Genevoix : sous Verdun. Hachette 1916

M. Genevoix : les Eparges. Flammarion 1923

G. Jolivet : le Colonel Driant. Delagrave 1918

J.H. Lefèvre : l'Enfer de Verdun. Durassié 1960

A. Redier : Méditations dans la tranchée Payot 1916

J. Rouaud : les Champs d'honneur. Ed de Minuit 1990

Léon Werth : Clavel Soldat. Viviane Hamy
Autres sources

Manuel du gradé d'infanterie 1914-1915. Berger Levrault.

Le Lexovien. (Archives Départementales du Calvados). Année 1914

Le Pays d'Auge (années 1914 - 1915) archives départementales du Calvados 1916 - 1917 - 1918

Revues "La guerre" (documents de la section photographique de l'Armée). Ed Armand Colin

Archives militaires : service historique de l'armée de terre. Château de Vincennes. * Journal des opérations et marches militaires du 119e RI cote 26N683.

                                      * Historique du 119e RI cote N107 carton 16
Archives administratives militaires (Pau - Caserne Bernadotte).

Archives médicales militaires (Limoges).

Der Krieg führung an der Welt front im 1918. S. Mittler et fils Berlin 1944.

Der Marne Feldzug von der Sambre zur Marne. S. Mittler et fils Berlin 1944.

         Kriegstalender des Deutschen Heeres. G. Goes. H. Cron

         

BIBLIOGRAPHIE HISTORIQUE

Sur la guerre de 14-18

Revue “  L’Histoire ” 57 rue de Seine 75280 Paris cedex 06 M1842 n°spécial 14-18 n° 107 année 1988
AGATHON : les jeunes gens d’aujourd’hui Plon 1913
CHABERT. R : Printemps aux tranchées ; Notes de campagne de Joseph Astier Lyon Ed Bellier 1982
Historique des régiments de 1914 à nos jours :
Tome 1 : infanterie 1ère partie Infanterie de ligne Vincennes 1973 178p in 8° 2290 (7)
ARMEE Cantonnement à Lisieux AD 1915-1916 F6777
ARMEE District de Lisieux AD  Nouvelle acquisition 151
AD  R1774 Divers, réquisition au cours de la guerre 14-18
Louis GARROS : Les régiments normands au feu (1914) Rouen Normandie publicité 1925 124p in 8° 3240
AD R1963 Mobilisation 14-18
AD le lexovien libre Mobilisation le 1,2,3 Août 1914 ;  AD mi 419
Général ROUQUEROL  Charleroi Août 1914 Paris Payot 1932
GAY Georges : La bataille de Charleroi Août 1914 Paris Payot 1937
Général Rouquerol : le 3ème corps d’armée de Charleroi à la Marne ; essai de psychologie militaire
Paris Berger Levrault 1934
Collection de mémoires , études et documents pour servir à l’histoire de la première guerre mondiale Payot PARIS :
- LANZERAC : Le plan de campagne français et le 1er mois de guerre (2Août-3 Sept 1914)
- LANZERAC : Les deux batailles de la Marne (6-11 Sept 1914, 15-18 Juillet 1918) par Joffre et Foch
- PETAIN : La bataille de Verdun