CINQUANTE  ET UN MOIS DE GUERRE 

Historique du 119e Régiment d'Infanterie

1914            1915            1916            1917        1918

 

 

Préambule

 

 

Ce régiment fut formé par décret du 7 Juillet 1808 avec les 13e et 14e Régiments provisoires d'Infanterie créés le 12 Janvier 1808 pour la guerre d'Espagne.
Guerre d'Espagne 1808-1813 : Le 119e se fit remarquer par sa bravoure pendant toute la campagne et se distingua tout particulièrement au combat de Burgos, à l'attaque de Saragosse, aux combats de Santander 1809, Quinanillia 1811 et Arapiles 1812.
Pendant la défense de Bayonne 1814, le chef de bataillon Magendie, le capitaine Godefroy, le lieutenant Brésil et le soldat Sourt sont cités à l'ordre de l'armée pour leur brillante conduite.
Le régiment est licencié à Bayonne en 1814.
Le 119e est formé à nouveau le 1er novembre 1870 et prend une part très active à la guerre franco allemande en contribuant à la défense de la place de Paris : Combat de Châtillon, batailles de la Malmaison, de Champigny, de Drancy, de Villiers et de Buzenval.
Le 21 octobre 1870, à La Malmaison,, la 5e compagnie se trouvait presque cernée par l'ennemi mais grâce à l'energie de ses officiers, elle parvient à lui échapper en emportant ses blessés.
A Buzenval, le sergent Lambert fut décoré de la Croix de la Légion d'Honneur en récompense de sa belle conduite.
En 1881, le 2e bataillon de ce régiment prit part à l'expédition de Tunisie.


Colonels ayant commandé ce régiment
Crétin
1808
de l'Epée
1880
Berry
1894
Magnin
1813
Roussel
1880
Lanrezac
1902
Cholleton
1870
de la Chevalière de la Granville
1885
Beauclair
1906
Dusan
1871
Hagnon
1890
 
 

 

Chapitre premier

 

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La concentration :
La marche sur la Belgique ; Charleroi ; Guise

Les premiers éléments du 119eme qui, sous le commandement du colonel Boulangé, quittèrent la vieille caserne de Courbevoie dans la soirée du 5 août 1914, durent, pour se rendre à la gare des Batignolles, défiler au milieu d’une foule en délire, heureuse d’apporter le réconfort de ses bruyantes ovations à toute cette belle jeunesse qui s’en allait le sourire aux lèvres, « à la Française », donner le meilleur de son sang pour le salut du pays et la victoire du droit.

Dans la nuit du 6 au 7, le régiment rejoint par le bataillon de Lisieux, achevait sans incident sa concentration entre Amagne et Rethel. Il entrait avec le 5ème régiment d’infanterie, dans la composition de la 12eme brigade (général Lavisse) et faisait partie de la 6eme division (général Bloch) , division d’élite qui avant déjà manœuvré sous les ordres de Joffre en temps de paix, devait apprendre à combattre dès les premiers jours de Septembre à l’école de Pétain.

Le régiment est à peine débarqué qu’il brûle du désir d’aborder l’ennemi au plus vite, mais le 3eme corps (général Sauret) , auquel il appartient, est rattaché à une armée de réserve, la Vème armée (général Lanrezac) . En attendant que la situation se dessine sur des champs de bataille plus actifs, il faut marquer le pas et garder l’arme au pied, les passages de la Meuse entre Dinchery et Mézières. L’attente ne sera pas longue, car voici que les Boches faisant bon marché d’un chiffon de papier, ont jeté à travers la Belgique le gros de leurs forces. Dès le 13 août, le 3eme corps, laissant à d’autres la garde des ponts de la Meuse, appuie franchement à l’ouest pour remonter ensuite vers le Nord, au secours de la petite armée Belge qui risque d’être submergée par le flot envahisseur. C’est pour le régiment une série de rudes journées de marches, rendues plus pénibles encore par une chaleur atroce.

Il n’y a pas de trainards néanmoins et les habitants de Momignies qui, le 17 août, ont acclamé l’entrée triomphale du 119ème sur le territoire Belge , ne se sont pas douté que ces petits gars normands et parisiens venaient de couvrir ce jour là une étape de 54 kilomètres !

Le 20 au soir, le régiment, formant l’avant-garde de la 12eme brigade, arrive dans les faubourgs de Charleroi. Mais ce n’est plus l’heure des défilés musique en tête et des réceptions à table ouverte : c’est déjà la veillée d’armes. Le 1er bataillon (commandant Rignot) et le 3eme bataillon (commandant Chavatte) s’établissent en avant-postes de combat sur la Sambre, dont ils doivent tenir les ponts entre Marchiennes-au-Pont et Montigny-sur-Sambre.

Le 21, vers 6 heures du matin, on entend soudain des coups de feu précipités. Est-ce la bataille qui commence ? Non ; c’est une patrouille de uhlans qui a voulu examiner de trop près les mitrailleuses de l’adjudant Cuillier et qui disparaît à bride abattue en laissant trois prisonniers entre nos mains. Pas d’autre alerte dans la journée ; c’est le lendemain seulement que le régiment va recevoir le baptême du feu.

 
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Bataille de Charleroi

Le 22, dès l’aube, les colonnes ennemies, dont l’aile droite est particulièrement inquiétante, vont aborder violemment tout le front de la Ve armée. Le 119ème a reçu la mission d’interdire le passage de la Sambre à des partis avancés, mais de céder devant une attaque en forces et de se reporter en arrière sur la position de Montigny-les-Tilleuls.

Pendant toute la matinée, nos avant-postes de combat luttent victorieusement contre les détachements qui tentent de s’emparer des ponts ; mais, vers 13 heures, la pression de l’ennemi, soutenu par une nombreuse artillerie, s’accentue sur le front du régiment ; elle est plus menaçante encore sur le front des voisins. Rompant le combat par échelons, les 1er et 3er bataillons se replient sur la position de Montigny-les-Tilleuls ou le 1er bataillon, particulièrement pris à partie par les têtes de colonnes qui débouchent du pont de Marchiennes, va se trouver engagé jusqu’à la nuit dans une lutte sévère.

Dans cette même journée, le 2eme bataillon (commandant Carlier), mis à la disposition du général de division, participait avec le 5ème et le 239ème régiments d’infanterie à une action violente pour la conquête des villages de Chambergneau et Bouffioux. Par deux fois il se lançait vainement à l’assaut de cette dernière localité abondamment garnie de mitrailleuses. La fière attitude de la 7eme compagnie (capitaine Marc), tenant en respect jusqu’à 23 heures l’ennemi, prêt à passer à la contre-attaque, allait permettre au bataillon de se dégager d’une situation délicate et de rejoindre par une nuit très noire ou l’on ne distinguait que trois gros incendies allumés dans Charleroi par les Boches ivres d’un triomphe facile, les autres éléments du régiment qui cheminaient en silence vers Nalines, pour gagner la nouvelle position qui leur était assignée.

Le 23, au point du jour, le régiment forme l’aile gauche du 3ème corps, mais quoique les trois bataillons soient en ligne la liaison reste précaire avec le 18ème corps ; il faut détacher la 1ere compagnie (capitaine Bédoura) au village de Fontenelle pour essayer de combler en partie le vide existant. La matinée est calme ce n’est que vers 11 heures qu’on aperçoit les premiers tirailleurs ennemis débouchant du bois de Nalines ; la compagnie de Fontenelle les prend sous son feu et leur fait marquer une assez longue hésitation.

A midi l’artillerie ennemie intervient brutalement contre nos premières lignes ; moins d’une heure après, on voit surgir d’un peu partout les casques pointus, progressant derrière les gerbes de blé qu’ils entraînent dans une farandole infernale. La fusillade ne tarde pas à faire rage, principalement devant le village de Parin ou les 2ème et 3ème bataillons luttent à un contre trois. La partie est trop inégale ; à 17 heures le régiment reçoit l’ordre de se replier, d’abord sur Thy-le-Château, un peu plus tard sur Walcourt. Le mouvement se fait en bon ordre sans être autrement inquiété. La compagnie de Fontenelle , tardivement prévenue reste encore quelque temps sur ses positions ou elle est aux trois quarts encerclée ; elle finit par se dégager sous la protection d’une section solidement accrochée aux lisières nord du village et, ramenant tous ses blessés, arrive à rejoindre dans la nuit le 1er bataillon installé aux nouveaux avant poste à Pry.

Le baptême du feu a été sévère : les capitaines Robey, Doranlor, Le Ber, sont au nombre des morts ; le régiment compte une cinquantaine de tués et environ cinq cents blessés dont la moitié sont restés aux mains de l’ennemi.

La retraite générale commence sur le front de la Ve armée ; le 119ème entame dès le 24 au matin, son mouvement de repli dans des conditions de fatigue extrême, sans autre incident pendant cinq jours que de petites affaires d’arrière- garde sans importance.

 
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Bataille de Guise
(29 et 30 août)

L’ennemi devenant chaque jour plus pressant, la Ve armée a reçu l’ordre de reprendre l’offensive à la hauteur de Guise pour retarder la marche de l’envahisseur. Le 119ème va être appelé à donner une nouvelle preuve de son esprit de sacrifice.

Pendant toute la matinée du 29, le régiment est maintenu en réserve de division ;mais voici que l’ennemi descend en forces menaçant le flanc droit du 13ème corps. Le bataillon Carlier est lancé vers midi sur la ferme de la Jonqueuse pour enrayer la marche des Allemands ;il progresse difficilement sous un feu nourri de mitrailleuses, mais réussit néanmoins à s’accrocher au terrain conquis ;vers14h30, une violente contre-attaque l’oblige à fléchir légèrement. Le bataillon Rignot intervient alors à sa gauche et rétablit un instant la situation. Le combat devient extrêmement violent ; attaques et contre-attaques se succèdent au prix de lourdes pertes des deux côtés et sans résultat appréciable. La nuit vient enfin séparer les combattants et permet à nos unités épuisées de se regrouper sans difficultés à Courjumelles et Pleine-Selve.

La bataille reprend le lendemain matin sur la ligne ; ferme de Viermont-signal d’Origny. L’ennemi, renforcé, arrête dans l’œuf nos velléités d’offensive ; ses mitrailleuses et son artillerie nous causent encore de lourdes pertes. Ordre est donné de rompre le combat ; le mouvement s’exécute péniblement, par une chaleur torride ; les derniers éléments du 119ème n’arrivent que tard dans la nuit à Chevresis-Monceau, exténués de fatigue et mourant de faim.

Ces deux journées avaient été, pour le régiment aussi meurtrières que la bataille de Charleroi. Trois capitaines encore étaient tombés : Marc, Tresillard, Busson .

 

 
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La Retraite

Et la retraite continue, rendue plus attristante encore par le spectacle des routes qu’encombrent les convois hétéroclites des populations civiles fuyant devant l’invasion ;on traverse Laon, Fisme, on passe la Marne à Verneuil. Entre temps le général Pétain a pris le commandement de la division. Le 4 septembre, le 1er bataillon est engagé dans une affaire d’arrière-garde.

Le 5, nouvel engagement plus sérieux à hauteur de Gault-la Forêt ; c’est le 2ème bataillon qui tente une volte-face pour donner un peu d’air à la colonne ; mais c’est une mission de sacrifice.

Le commandant Carlier, grièvement blessé, reste entre les mains de l’ennemi, les débris de son bataillon se dégagent à grand’peine sous la protection du 4er bataillon.

Le régiment arrive la nuit à Ecury-le-Chàteau, la fatigue est extrême, l’angoisse morale à son paroxysme. Par quel miracle ces loques qui se traînent aux avant-poste vont-elles retrouver demain leurs jambes de vingt ans ? Il aura suffi d’un mot magique apporté dans la nuit, et que chacun chuchote dans l’ombre comme dans un rêve : « On ne reculera plus ! »

 

 

Chapitre II

 

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La Marne et l'Aisne :
la ferme du Luxembourg et le Godat

Ce fut un gros crêve-cœur pour le régiment de n’avoir qu’un rôle passif dans les premières journées de la bataille de le Marne et d’être obligé de marcher modestement dans le sillage des avant-gardes victorieuses  ; du moins eut-il la consolation en traversant Montmirail le 9 septembre, de retrouver sains et saufs dans l’hopital de cette ville le commandant Carlier et de nombreux camarades blessés au combat du 5.

La journée du 13 septembre va marquer la rentrée du 119eme dans la mélée. Dans la matinée, le régiment se trouve rassemblé entre Hermonville et Cauroy  ; il reçoit bientôt l’ordre d’envoyer un bataillon sur les hauteurs de la ferme Sainte-Marie au delà du canal de l’Aisne, et de pousser de là des reconnaissances sur la Suippe. Le 1er bataillon franchit à 14h le pont du Godat mais la compagnie d’avant-garde est accueillie presque aussitôt par une vive fusillade partant des boqueteaux à l’ouest de la ferme  ; le lieutenant Colin qui commande est frappé mortellement. Il faut manœuvrer, l’ennemi qui oppose une énergique résistance  ; enfin à 15h30, le capitaine Bedoura prend pied dans la ferme qui regorge de blessés boches, et s’y organise définitivement avec deux compagnies placées sous ses ordres.

A 19h après une violente préparation d’artillerie qui nous occasionne des pertes sévères, l’ennemi lance une vigoureuse contre-attaque, son effort vient se briser sur les défenseurs de la ferme mais plus à droite, le 5eme régiment infanterie est bousculé, le pont du Godat, qu’il faut conserver à tout prix se trouve menacé. Ordre est donné d’abandonner la ferme  Sainte-Marie et de se replier sur la ferme du Godat. Ce mouvement s’exécute péniblement à la nuit, le capitaine Bedoura blessé rentre avec les derniers hommes, tandis que les mitrailleuses de l’adjudant Cuillier arrête net un retour offensif de l’ennemi. Le 1er bataillon, épuisé est relevé dans la nuit par des éléments du 5eme régiment d’infanterie et rejoint le régiment à Hermonville.

Le lendemain, c’est au tour du 3eme bataillon de participer, aux côtés du 5eme régiment d’infanterie, à une attaque en vue de reprendre les hauteurs de la ferme Sainte-Marie  ; mais, devant les forces ennemies sans cesse accrues notre progression est vite enrayée, à 16h nous sommes obligés de repasser le canal. Les pertes ont été particulièrement sévères  : le capitaine Gaubert et le lieutenant Rouziès sont au nombre des morts.

 
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La ferme du Luxembourg
(15 septembre - 1er novembre)

L’attaque sera reprise le 15 par d’autres unités sans plus de succès  ; inutile de s’acharner. Le régiment reçoit l’ordre de se retrancher sur ses positions en bordure de la route nationale n°44, autour de la ferme du Luxembourg  ; c’est le début de la période de stabilisation.

Pendant quelques jours, simples opérations de détail ou sont tués le lieutenant Colin, le lieutenant de Jocas et le sous-lieutenant Bach.

Le 26 septembre, au point du jour, l’ennemi prononce une violente attaque brusquée qui réussit à rejeter au-delà de la route nationale des éléments du 28 régiment d’infanterie en liaison avec la droite du 119. La situation devient un instant très critique, les compagnies du 119 établies en bordure du canal se trouvent découvertes, prise de face et de flanc, elles sont obligées, après une lutte opinatre de ceder du terrain jusqu’à hauteur de la ferme du Luxembourg, le commandant Chavatte est tué, le nombre des blessés dépasse largement la centaine. C’est encore la section de mitrailleuses de l’adjudant Cuillier qui va se charger d’enrayer la progression de l’assaillant, elle s’installe à découvert sur la route et sans souci de la fusillade qui tue sur leurs pièces deux tireurs aussitôt remplacés, elle fauche sans arrêt les vagues ennemies constamment renouvelées, dans la soirée, de petites opérations de nettoyage vigoureusement menées vont permettre au régiment de réoccuper ses emplacements du matin.

Le calme renaît dans le secteur, on en profite pour travailler avec ardeur à se retrancher un peu plus sérieusement, pelles et pioches commencent à devenir familières aux hommes et à être appréciées à leur juste valeur. Dans la nuit du 29 au 30 septembre le régiment qui ne compte plus à son effectif que 7 officiers et 1. 300 hommes, est relevé par le 84eme régiment d’infanterie  ; il va se réorganiser à Pévy et y goûter les quatre premiers jours de repos de la campagne. Entre temps, le colonel Boulangé va prendre le commandement de la 11eme brigade et est remplacé à la tête du 119régiment d’infanterie par le lieutenant-colonel Arnaud.

Dans la nuit du 3 au 4 octobre, le régiment revient prendre sa place en secteur. Des reconnaissances poussées le 13 à la faveur d’une préparation d’artillerie , confirment la présence en forces de l’ennemi sur la rive est du canal. Une action plus profonde menée à la fois sur deux rives ne donne, le 14 aucun résultat appréciable. La 10eme compagnie, brillamment commandée par le lieutenant Vié, va rester pendant quarante huit heures collée sur la berge du canal, à 10 mètres de l’ennemi avec lequel elle échange sans arrêt des pétards de mélinite.

Cependant l’ennemi n’a pas renoncé à ses projets offensifs. Le 28 octobre après un pilonnage particulièrement intense, l’infanterie allemande passe à l’attaque vers 18h30 et prend pied dans le bois triangulaire, en bordure du canal. Vainement les 10eme et 11eme compagnies, vivement pressées, contre-attaque à la baïonnette, vainement, le lieutenant Vié, champion du revolver, abat à bout-portant plusieurs Allemands qui l’entourent. Déjà, vainement, dans la nuit les contre-attaques se succèdent, n’aboutissant qu’à mélanger un peu plus les unités. Un peu avant le jour le colonel ordonne de rompre le combat et de reporter la ligne en avant de la ferme du Luxembourg. Cette malheureuse affaire à coûté 500 hommes au régiment, qui va être relevé dans la nuit du 1er novembre par le 39eme régiment d’infanterie pour aller se refaire dans les cantonnement d’Hermonville et de Cauroy.

 
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Le Godat
(5 novembre-24 avril)

Le 119e ne retournera pas à la ferme du Luxembourg, dans la nuit du 5 au 6 novembre, il vient relever le 5eme régiment d’infanterie dans le secteur du Godat, qu’il va conserver pendant près de six mois.

L’ennemi n’a pas abandonné l’espoir de s’emparer de cette tête de pont, mais il est lui-même épuisé par la violence des derniers combats. Découragé par l’ardeur de nos hommes qui ont à cœur de transformer rapidement ces bois, ces marais, ces ruines en une véritable citadelle, il va se contenter de nous inquiéter par des escarmouches sans profondeur et des bombardements périodiques, c’est au cours d’un des bombardements qu’est tué le lieutenant Vié qui s’était particulièrement distingué pendant toute la période précédente.

C’est dans ce secteur que le 119 va se recompléter peu à peu par l’arrivée de renforts et de cadres, le premier contingent de la classe 1914 vient y parfaire son instruction dès le 13 novembre et se préparer à des luttes plus rudes.

Le lieutenant-colonel Husband a pris le 26 novembre, le commandement du régiment.

 

 

CHAPITRE III

L’Artois  : Aix-Noulette ; Neuville-Saint-Vaast ; Le bois de la folie

 

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Aix-Noulette

Une quinzaine de sport dans la région de Courcelle-Sapicourt pour dégourdir les jambes ankylosées par cette longue période de tranchée, et le régiment, très coquet dans son nouvel uniforme bleu horizon, s’embarque le 10 mai à Jonchery pour gagner l’Artois ou l’offensive française est déclenchée depuis la veille. Un mois durant, le 119, qui fait partie de la réserve d’armée, se promène de bivouac en bivouac dans la région d’Arras, au gré des alternatives de la bataille qui fait rage.

Dans la nuit du 19 au 20 juin, il entre en ligne dans le secteur d’Aix-Noulette, terrain chaotique que l’acharnement d’une lutte dont le dernier mot n’est pas encore dit a transformé en un vaste charnier pestilentiel. La relève est attristée par un pénible accident  : trois obus malencontreux tombent sur la petite colonne qui traverse silencieusement le village d’Aix-Noulette, il y a une soixantaine de blessés. Le médecin aide-major Parent et le médecin auxiliaire Delamare sont frappés mortellement en leur donnant sur place les premiers soins.

Le régime du secteur est le bombardement incessant de nos positions par obus de gros calibre et l’attaque quotidienne de notre part.

Le régime du secteur est le bombardement incessant de nos positions par obus de gros calibre et l’attaque quotidienne de notre part.

Le 2eme bataillon (commandant Broquette) , établi sur le chemin creux d’Angres à Souchez, essaye dès le 20 au soir de progresser vers la route  de Béthune. L’attaque est brillamment menée par la 5eme compagnie (capitaine Viguier) , qui organise immédiatement le terrain conquis  ; la 7eme compagnie, qui n’a pas pu atteindre tous ses objectifs, va reprendre l’attaque de ce côté le 22 mais sans résultat appréciable.

Le 1er bataillon (commandant Siau) a été chargé du nettoyage du bois Carré  ; il n’y a pas de journée sans combat à la grenade  ; le 23, la 1er compagnie (capitaine Bedoura) ; dans une attaque brusquée, chasse enfin les derniers défenseurs du bois et vient donner la main au 2eme bataillon dans le chemin creux.

Le 3eme bataillon (capitaine Rousse succédant au commandant Henry, blessé) reprend, le 25, l’attaque sur les objectifs que n’a pu entièrement atteindre le 2eme bataillon. En dépit d’un violent orage qui a transformé le sol en un véritable bourbier et qui rend fusils et mitrailleuses inutilisables, l’assaut est brillamment mené par la 9eme compagnie (capitaine Moitié) qui enlève la tranchée ennemi  ; mais une heure après les Allemands prononcent une vigoureuse contre-attaque. La 9eme compagnie ayant perdu tous ses officiers, se replie jusqu’à la tranchée de départ  ; l’ennemi vient se heurter à la 12eme compagnie (capitaine Lenouvel) qui repousse après un violent corps à corps  ; l’intervention de la 10eme compagnie (capitaine Gilson) et d’un peloton de la 1er compagnie accouru à la rescousse oblige finalement l’ennemi après trois retours offensifs infructueux, à regagner ses tranchées.

Il y eu dans la nuit des actes d’héroïsme individuels sans nombre  ; je ne citerai que le cas du petit  clairon Lainé qui voyant déboucher la contre attaque ennemi, monta sur le parapet et de sa propre initiative, se mit à sonner la charge.

Dans la nuit du 26 au 27, le régiment cédait la place aux bataillons de chasseurs qu’il avait relevés sept jours auparavant. Le chiffre des pertes avait été particulièrement élevé  : 200 tués et près de 700 blessés. Sont glorieusement tombés au cours de cette période  : le docteur Parent, les capitaines Boucher et Moitié, le lieutenant Siegel, les sous-lieutenants Bernard, Chantier, Poilly et Caudron.

 
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Neuville-Saint-Vaast

Du 27 juin au 9 juillet, le régiment se réorganise dans le cantonnement successifs de Diéval et d’Acq. Toutefois, le 1er bataillon va être détaché pendant trois jours à l’est du Mont-Saint-Eloi pour tenir une position de réserve dans le secteur de la 11eme brigade. C’est d’ailleurs dans ce secteur que le régiment va monter en ligne le 10 juillet.

Le 14, le régiment doit attaquer pour s’emparer du carrefour des cinq chemins au nord de Neuville-Saint-Vaast  ; mais la préparation d’artillerie, génée par un violent orage, a été insuffisante, les compagnies d’assaut (2eme compagnie du 2eme bataillon, 2eme compagnie du 3eme bataillon) viennent se heurter à des défenses et sont dispersées par des feux nourris de mitrailleuses et un violent barrage par tous calibres. Le régiment est relevé le lendemain et conduit en camions dans les cantonnement de repos de Gouy et Mons-en-Ternois, où il restera jusqu’au 1er aout.

Du 2 au 23 ; il va alterner avec le 28eme régiment d’infanterie dans le secteur de Neuville-Saint-Vaast ; ce coin a perdu beaucoup de son agitation légendaire, sans y travailler précieusement, gagner en confortable, le régiment pourra néanmoins y travailler sérieusement aux aménagements prévus pour l’offensive prochaine, puis il ira retrouver ses cantonnement de repos du mois précédent.

 
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Le bois de la Folie

Le 119e fait partie des troupes d’attaques de la Xeme armée (général d’Ubal) pour l’offensive de septembre ; il a comme objectif la cote 140 et le bois de la Folie, positions très fortement organisées et tenues par des régiments de la garde.

Les bataillons viennent successivement, dans les quatre jours qui précèdent l’attaque, se familiariser avec le terrain et donner le dernier coup de pelle aux têtes de sapes par lesquelles ils doivent déboucher  ; dans la nuit du 24 au 25, ils viennent se ranger silencieusement dans les parallèles de départ  : dans chaque bataillon, 2 compagnies en première ligne, 2 compagnies en réserve.

Le 25, à midi 25, dans un élan splendide, les premières vagues escaladent le parapet  ; mais elles sont aussitôt accueillies par un feu intense de mousqueterie et de mitrailleuses, car la préparation d’artillerie, très efficace sur la deuxième et la troisième ligne, a respecté la première. Nombreux sont ceux qui tombent avant d’avoir fait dix pas  ; ceux qui ont pu parvenir jusqu’aux fils de fer, intacts, sont accueillis par un violent barrage de grenades. Les secondes vagues s’élancent néanmoins et ont le même sort  ; le commandant Broquette, les capitaines Viguier, Roussel, sont tombés les premiers. Les survivants des vagues d’assaut, blottis dans les trous d’obus, doivent attendre la nuit pour regagner en rampant la parallèle de départ.

On ne peut rester sur cet échec. Le 26 au point du jour, le 1er bataillon renouvelle ses assauts afin de tâter l’ennemi, mais le Boche est toujours là en forces et brise aussitôt notre élan. A 17 heures, nouvelle attaque générale dans les mêmes conditions que la veille, avec l’appoint de deux compagnies du 407 régiment d’infanterie  : même insuccès. Le commandant Siau est tué d’une balle au front, les pertes en cadres sont énormes. Le régiment, épuisé, est relevé dans la soirée par le 407eme régiment d’infanterie et vient se réorganiser un peu en arrière, dans les abris de la route de Béthune.

Le surlendemain matin, le régiment est alerté et reçoit l’ordre de se porter en avant pour appuyer une nouvelle attaque exécutée par le 407 régiment d’infanterie. La première ligne allemande est prise  ; le 407eme étant à bout de souffle, le 119eme prend à son compte à partir de 16 heures la continuation de l’attaque et après un combat acharné qui dure jusqu’à la nuit, parvient jusqu’à la troisième ligne, ramenant de nombreux prisonniers. Mais en raison de la désorganisation des unités, il faut clore la série des attaques et se contenter d’organiser le terrain pour parer à une riposte éventuelle de l’ennemi. En dehors d’une tentative exécutée par un peloton de la 3eme compagnie, sous les ordres du sous-lieutenant Guichet, pour élargir notre succès dans le prolongement de la tranchée des Tirailleurs, il n’y aura plus que de petites  escarmouches quotidiennes aux barricades sans résultat d’ailleurs.

Un grand nombre d’officiers avaient trouvé la mort au cours de ces durs combats  ; ce sont les commandants Siau et Broquette, les capitaines Viguier et Roussel les lieutenants Rose, Gadoin et Andress, les sous-lieutenants Galepin, Proz, Fontaine, Gaudon, Piccot et Millet.

Lorsque que le régiment dans la nuit du 7 au 8 fut relevé par des troupes fraîches il avait perdu tant en tués qu’en blessés 34 officiers  ; 114 sous-officiers, 1147 caporaux et soldats.

Les survivants, exténués de faim, de soif, de sommeil et de fatigue, croyaient sortir d’un mauvais rêve en montant dans les camions qui les transportaient vers les cantonnements de repos de la banlieue de Frévent. Il leur fallut, pour les rappeler à la réalité, lire quelques jours plus tard la belle citation accordée par la Xeme armée au 119 régiment d’infanterie  :

« Sous les ordres du lieutenant-colonel Husband, a exécuté, trois jours de suite des attaques violemment contrebattues par l’ennemi, a réussi, par la persistance de son élan et sa ténacité, à franchir trois lignes de défense et à se maintenir sur la position conquise pendant neuf jours, sous un bombardement incessant, gardant l’ennemi sous la menace de son attaque.  »

 

 

CHAPITRE IV

La Somme  : les secteurs de Frise et d’Erches

 

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Secteur de Frise

Dès le 21 octobre, le corps d’armée quitte définitivement l’Artois pour la Somme et passé à la VI armée. Le régiment, reconstitué par l’arrivée de solides renforts, est enlevé en chemin de fer et vient relever, dans la nuit du 25 au 26, une brigade anglaise dans le secteur de Frise.

Le secteur est calme dans son ensemble. Toutefois, dans la partie centrale ou se trouve le 2eme bataillon (commandant Henry) , une guerre de mines assez active se poursuit. Le 10 novembre, les Allemands font sauter deux mines en avant de la première ligne, mais sans attaque consécutive. Le 13, à 21 heures, nouvelle explosion  : cette fois les lèvres de l’entonnoir qui mesure 40 mètres de diamètre, ont entamé la tranchée de première ligne  ; mais une section de la 5eme compagnie, commandée par le sous-lieutenant Corbel, s’élance aussitôt en avant et, après un violent corps à corps, rejette dans leurs lignes une trentaine d’Allemand qui s’étaient déjà installés dans l’entonnoirAprès trente-six jours de secteur, sans relève possible entre les unités  ;car le régiment, étalé sur un front de plus de 2 kilomètres, a ses trois bataillons en ligne, les hommes sont transformés en véritable blocs de boue. Un régiment de la 11eme brigade vient enfin les relever  ; après quelques jours passés en réserve de secteur à Caix, le 119eme va s’installer dans les cantonnements de Mézières, Villiers-aux-Erables, Domart-sur-la-Lice, et reprendre pendant un mois l’instruction des cadres et de la troupe.

 
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Secteur d’Erches

Le 10 janvier, le régiment relève le 308 régiment d’infanterie et une partie du 307eme dans le secteur d’Erches  ; secteur aussi boueux que le précédent, d’un aspect tout aussi monotone et peut-être plus calme encore ce qui permet de ne mettre que deux bataillons en ligne. Toutefois, on y vit sous la menace perpétuelle des émissions de gaz, dont une brigade voisine a eu particulièrement à souffrir.

Une seule opération intéressante, brillamment exécutée le 21 février à la tombée de la nuit par des éléments di 1er bataillon (commandant Bourgines) , après un violent tir de destruction par l’artillerie de tranchée et de campagne, les sous-lieutenant Boulard et Salvetat font irruption dans un boqueteau qui forme une avancée de la ligne ennemie et ramènent du matériel et des documents intéressants  ; malheureusement un long passage souterrain a permis aux Allemands de s’enfuir à notre arrivée.

Dans la nuit du 28 au 29 février, le régiment quitte définitivement le secteur  ;il est relevé en camions le lendemain même et transporté dans la région de Vic-sur-Aisne ou il va , jusqu’au 29 mars exécuter des travaux sur la deuxième position et se préparer à jouer dignement son rôle dans la bataille de Verdun qui gronde depuis un mois déjà.

 

 

CHAPITRE V

Verdun  : le fort de Vaux, Thiaumont et la caillette, les Chevaliers, Bezonvaux.

 

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Le fort de Vaux

Embarqué en chemin de fer à Pierrefonds le 29 mars, le régiment vient stationner dans la région de Viel-Dampierre  ; le 3 avril, il commence une série d’étapes qui l’amènent le 8 à Verdun, dans la caserne Bevaux.

Le canon gronde sans répit  ; là-haut la bataille fait rage  ; blessés dans leur orgueil et sentant déjà la victoire leur échapper, les Allemands multiplient attaques sur attaques.

Dès le 10 avril, le régiment prend le secteur du fort de Vaux  ;la ligne passe à cinquante mètre à peine des fossés nord du fort. Le pilonnage est incessant  : les 210, les 305 et les 380 s’abattent sur le fort avec régularité et une précision mathématiques. Pas de tranchées  ;groupés dans les trous d’obus, par deux ou trois , nos soldats attendent l’attaque qu’on sent chaque jour plus imminente. L’immobilité la plus complète est de rigueur le jour, car les observateurs de Douaumont déclenchent le tir de l’artillerie au moindre indice de vie. Les mouvements ne peuvent se faire que de nuit, mais malheur à la corvée de soupe ou d’eau qui se laisse prendre sous un barrage. On ne connaîtra jamais assez le courage héroique des ravitailleurs dont les cadavres jalonnent les pistes.

Tout d’abord, le régiment, met en ligne deux bataillons  ;un bataillon reste en réserve dans le tunnel de Tavannes. Le 12 avril à 3heures 45, les Allemands lancent sur l’aile gauche du régiment une attaque forte d’environ deux compagnies  ;la 11eme compagnie (capitaine Bonnelie) les reçoit comme il convient  ;après une courte lutte à la grenade le boche rentre précipitamment dans ses trous.

Les pertes néanmoins commencent à être sensibles  ;les rares éléments de tranchées qui ont pu être creusés sont constamment nivelés par le tir de l’artillerie. Bientôt le régiment, abandonnant au 5eme régiment d’infanterie la partie est du secteur, ne conserve plus qu’un bataillon en ligne. Cet état de chose dure jusqu’au 5 mai  ;à cette date, le 119eme est relevé par le 57eme régiment d’infanterie  ;il va être embarqué en camions pour aller goûter dans les cantonnements de Salmagne et Gery un repos bien gagné.

 
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Thiaumont, la Caillette

Dès le 26 mai, le régiment reprend la route de Verdun  ; il a passé sous les ordres du colonel de Montluisant qui remplace le colonel Husband appelé au commandement d’une brigade.

La 6eme division d’infanterie est appelée à tenir le secteur du bois de la Caillette et de la ferme Thiaumont, devant le fort de Douaumont que la division Mangin, après s’y être cramponnée pendant quarante-huit heures, n’a pu conserver. Le 119eme est d’abord en réserve, mais dès le 30 mai des indices d’attaque se précisent ; le 3eme bataillon (commandant de Grousseau) est poussé dans Fleury qui n’est déjà plus qu’un monceau de ruines ; le 2eme bataillon (Capitaine Venesson) s’établit dans le bois des Essarts.

Le 1 juin, au point du jour, après un pilonnage d’une intensité inouïe, l’attaque allemande se déclenche brutale sur un large front, la ligne française ne tarde pas à être rompue et déjà les réserves de l’ennemi affluent pour exploiter le succès. Le régiment a reçu l’ordre de barrer aux boches la route du fort de Souville et de reprendre les positions perdues.

A midi, en pleine vue, le 3eme bataillon débouche de Fleury et se porte, sous un tir formidable d’artillerie, sur la ferme de Thiaumont pour y renforcer les éléments du 5eme régiment d’infanterie qui s’y trouve encore à 16 heures, la 3eme compagnie (lieutenant Cante) , s’avançant comme à la ma noeuvre, vient dans des conditions identiques prolonger la droite de ce même régiment. De ce coté le danger se trouve rapidement conjuré.

La situation est plus grave du côté du bois de la Caillette. Le 24 régiment d’infanterie qui le défendait n’existe plus, le 1er bataillon (commandant Segretain), accouru de Verdun en toute hâte, vient se heurter dans le ravin du Bazile à une ligne déjà solide et abondamment pourvue de mitrailleuses ; il est obligé de s’arrêter et se retranche pour conserver le contact.

Le 3 juin, le 1er et le 2eme bataillon vont attaquer à nouveau dans le ravin du Bazile ; les vagues d’assaut s’élancent pleines d’entrain mais sont aussitôt arrêtées par un feu très meurtrier. L’ennemi déclenche à son tour deux vigoureuses contre-attaques qui menacent un instant d’encercler le 1er bataillon ; un violent corps à corps s’engage finalement, devant la fière attitude du lieutenant Picart, auquel est échu le commandement de ce bataillon très éprouvé, l’ennemi refoulé n’insiste pas.

Au cours de ces rudes journées les pertes du régiment ont été sévères  : le capitaine Rigaut, les lieutenants Gaboriau, Quetin, Lyon sont tués.

Le régiment est relevé  par fractions dans les nuits des 4, 5 et 6 juin après quelques journées passées à Verdun, en réserve, il est enlevé en camions le 15 juin et va cantonner dans la région de Ligny-en-Barrois.

 
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Les Chevaliers

Dix jours de repos ont permis au régiment de se réorganiser, il monte allégrement, le 27 juin, relever le 166eme régiment d’infanterie dans le secteur du bois des Chevaliers. Ce secteur a été jadis bouleversé par la guerre de mines, mais il est devenu calme et presque agréable aux heures ou les minenwerfer restent muets.

Deux bataillons sont en ligne ; le bataillon au repos peut faire de l’instruction sur les pentes du village de Troyon. Au début de juillet, le lieutenant-colonel Waymel, sous-chef d’état-major du 3ème corps, vient prendre le commandement du régiment ; les commandants Baquet et Laporte viennent prendre respectivement le commandement des 1er et 2ème bataillons.

Le 26 septembre, un coup de main vigoureusement exécuté par le sous-lieutenant Winter permet, sans aucune perte de notre côté, d’incendier trois abris et de ramener une mitrailleuse boche avec ses deux servants.

Le 16 octobre, c’est au tour des Allemands de tenter, après une violente préparation d’artillerie, un coup de main sur la 6ème compagnie (capitaine Chopin), mais ils sont repoussés à la grenade et laissent un prisonnier entre nos mains.

Mais le régiment est destiné à des opérations plus actives ; il est relevé le 15 novembre et, après avoir effectué un remplacement de cinq jours dans le secteur placide de Hanbislee, il va s’entraîner dans la région de Salmagne pour affronter dignement une fois de plus le canon de Verdun.

 
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Bezonvaux

La 6eme division d’infanterie a été mise à la disposition du général Mangin pour l’offensive du 15 décembre  ;elle a pour mission, au cours de l’attaque, de doubler, si c’est nécessaire, la 133eme division d’infanterie ou de la relever quand elle aura atteint ses objectifs.

L’attaque a réussi ; le 119eme reçoit l’ordre de relever dans la soirée du 16 les éléments du 321eme régiment d’infanterie et du 102eme bataillon de chasseurs à pied qui viennent de s’emparer du village de Bezonvaux.

La relève est pénible ; la route, la nuit très noire, les pistes coupées par des entonnoirs pleins d’eau, les guides désorientés, les unités enchevêtrées dans le désordre d’une fin de bataille.

Peu ou point de tranchées ; il faut, sous un bombardement incessant, s’organiser pour parer à un retour offensif de l’ennemi les bataillons sont disposés en profondeur : le 2eme bataillon (commandant Laporte) occupe les lisières nord de ce qui fut le village de Bezonvaux ; les deux autres bataillons occupent plus en arrière d’une anciennes tranchées allemandes presque entièrement nivelées et sans abri.

En dehors des réactions brutales de l’artillerie ennemie qui nous cause des pertes sérieuses (dont celle du lieutenant Picard, une des plus belles figures du 119eme) le régime d’occupation devient chaque jour plus pénible car les ravitaillements sont très difficiles et le temps particulièrement pluvieux, d’où de nombreuses évacuations pour pieds gelés.

Le 11 janvier, après vingt-cinq jours de secteur, le régiment était enfin relevé et transporté en chemin de fer dans la région de Bar-le-Duc, d’où, après quelques jours de repos, il devait gagner le camp de Gondrecourt pour s’entrainer en vue des futures offensives. Il allait être récompensé de sa splendide endurance par l’octroi d’une citation à l’ordre de l’armée pour le 2eme bataillon.

« Entre le 16 décembre 1916, sur les talons des troupes d’assaut, dans un village reconquis, a, sous les ordres du commandant Laporte, organise la défense sous un bombardement violent et systématique, malgré les conditions climatiques les plus défavorables et, au bout d’une semaine a transmis à l’unité qui l’a relevé un point d’appui à l’abri des insultes de l’ennemi.  »

 

 

CHAPITRE VI

Le chemin des dames

 

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Pargny-Fillain, Ailles

Le 15 mai 1917, le lieutenant-colonel Malvy remplaçait à la tête du régiment le lieutenant-colonel Waymel nommé chef d’état-major du 3eme corps d’armée.

Quelques jours après, le 119eme, qui était au repos dans le secteur du Chemin des Dames. Le 2 juin, les trois bataillons, se plaçaient sur l’étroit plateau des Bovettes dont depuis le 17 avril, les adversaires se disputaient âprement la possession.

La position formait saillant ; les abris y étaient rares, les tranchées peu profondes et mal reliées avec l’arrière. Vers l’ennemi, la chute rapide du plateau rendait très délicate l’observation rapprochée.

Les premiers jours qui suivirent l’entrée en secteur furent assez calmes. Mais le 6, à l’aube, une canonnade furieuse éclatait sur tout le front du régiment. Pendant que les 150, les 210 et les gros « minen » écrasaient nos premières lignes, l’artillerie de campagne allemande exécutait sur les positions de soutien un barrage d’une extrême intensité et faisait pleuvoir une véritable pluie de projectiles asphyxiant sur les batteries et les ponts de l’Aisne.

Puis, ce fut l’attaque ; derrière leur barrage roulant, les vagues d’assaut s’ébranlèrent, marchant dans l’éclatement des obus et si près d’ailleurs que quelques sections ennemies furent obligées de rétrograder pour me pas être décimées.

Le régiment avait reçu l’ordre de se faire tuer sur place plutôt que d’abandonner la ligne des observatoires d’artillerie.

Et le combat s’engagea violent, allant tout de suite au corps à corps. Mais, a notre gauche, le boche réussissait à prendre pied dans quelques éléments avancés de nos voisins. La prise de ces tranchées, situées en retrait de notre ligne, lui permettait de déborder notre flanc.

Les ripostes se succèdent avec une violence extrême. Pour répondre aux jets de pétrole enflammé de l’ennemi, les grenades incendiaires manquent. Mais, dans un abri éventré par les obus on a découvert quelques caisses de  cylindres à calorite. Ces engins destinés à être déposés sur les matériaux dont on veut hâter la combustion, peuvent à peine être projetées à quelques pas  : tant pis, on se rapprochera davantage.

Ce sont ces cylindres, d’un lancement presque impossible, que le communiqué Wolff du 7 juin à transformés en « lance-flammes ».

A gauche la compagnie Bonnelie lance contre-attaque sur contre-attaque. Devant le bataillon Laporte, quelques fractions débordées tiennent quand même. A droite le bataillon B édoura, quoique assailli de front et sur son flanc droit ne cède pas.

L’adjudant Collet, complètement entouré, s’adosse au parapet et le pistolet à la main abat froidement chaque Allemand qui arrive à bonne portée, jusqu’à ce qu’il tombe lui-même.

 Le sous-lieutenant Varrier, qui commande un élément de première ligne, attend avec calme la contre-attaque qui le dégagera du flot qui monte toujours. Mais, en se retournant, il découvre quelques boches qui ont réussi à prendre la tranchée à revers.

Accompagné du sergent Baillard, d’un caporal et d’un grenadier il se dégage à coups de fusil et de grenades. Puis, se portant de trous d’obus en trous d’obus, il aborde la tranchée de soutien au moment ou l’ennemi y arrive par l’ouest. Le groupe du sous-lieutenant Varrier, renforcé de quelques hommes d’une compagnie voisine, contre-attaque immédiatement à la grenade et refoule les assaillants. Varrier abat à coups de fusil trois porteurs de flammenwerfer ; d’autres sont encore tués par ses hommes mais de nouveaux lance-flammes surgissent. Pour aller plus vite, on défonce les caisses de grenades à coups de pioche. Les flammenwerfer sont arrêtés, puis refoulés.

Au cours de cette action, le sergent Baillard a la cuisse cassée par une balle, il se couche sur la banquette de la tranchée et dit à son chef de section  :  « J’en suis pour une jambe, mais j’ai eu les deux derniers boches ! »

Plus loin le soldat Héraut, debout sur le parapet, la pipe aux lèvres, manœuvre son fusil au milieu des éclatements de grenades.

Le sous-lieutenant Lhuillier, enveloppé dès l’aube, luttait encore à 5 heures à la grenade.

Le soldat Hue, légèrement blessé, continue à combattre. Un groupe d’Allemands lui crie de se rendre, Hue répond  :  «Si vous croyez que je vais allez avec vous, venez me chercher, bande de cochons ! ». Un Allemand le tue net d’une grenade en plein corps.

Le sergent de Morand a pris le commandement de sa section, réduite à une poignée d’hommes, attaqué de front et à revers, il résiste toujours. Mortellement blessé au moment ou il se portait en avant pour une contre-attaque, et tombé en terrain découvert, de Morand crie à ses hommes qui venaient à son secours  :  « Ne bougez pas, je suis perdu. Inutile de vous faire tuer ».

Le combat continue, incessant, sur tout le front avec des alternatives d’avance et de recul de notre part  ; mais il se localise dans les boyaux, ou la valeur de nos têtes de colonnes compense notre infériorité numérique. La consommation de grenades est énorme  : dans la matinée seulement, il en a été brûlé 7500 !

A 10 heures, l’ennemi est refoulé dans les boyaux au nord du Chemin-des-Dames, et la plus grande parti de notre tranchée de soutien est dégagée.

Le combat continue aux barricades hâtivement construites, mais le front se stabilise et, à la tombée du jour, une contre-attaque générale va s’efforcer de reprendre les quelques éléments de tranchée encore aux mains de l’ennemi.

Pendant ce temps, au centre du secteur, se joue un drame poignant. Depuis le début du combat, on est sans nouvelles de la section de mitrailleuses que commande l’adjudant Hervé.

Hervé, secondé par le sergent Dupuy, avait installé ses pièces dans un ancien blockhaus où on ne pouvait accéder que la nuit.

A 3h50 , un obus de gros calibre atteint le blockhaus et la section se trouve emmurée. Il y a huit blessés, dont deux avec fracture de la cuisse  ; Hervé les fait transporter dans coin de l’abri et, avec le restant de ses hommes, commence à creuser une sape pour déboucher sous le mur. Il n’y a plus de lumière, l’air manque, la terre extraite diminue la capacité de l’abri. Pourtant, à 18 heures, la sape s’achève, mais les boches sont tout près. On attendra la nuit.

A 23 heures, la petite troupe commence à sortir, à minuit, Hervé, ramenant ses blessés qui n’ont pas proféré une plainte et tout son matériel, rejoint son bataillon et se remet en batterie.

Le communiqué allemand a parlé de la « résistance opiniâtre de l’adversaire », de « violente vagues de feu précédant de fortes contre-attaques jusque dans la nuit », mais ce qu’il n’a pas dit, ce sont les pertes subies par les siens. Un prisonnier Allemand avoua quelques jours après que, dans deux bataillons de son régiment, plus de la moitié des hommes avaient été mis hors de combat et que le commandement avait du fondre en un maigre bataillon huit autres compagnies d’attaque.

Après l’affaire de Pargny-Fillain, le régiment fut retiré de la lutte pour se réorganiser rapidement. Dans la nuit du 30 juin au 1 juillet 1917, il recevait l’ordre de se porter dans le sous secteur d’Ailles pour y reprendre le terrain enlevé la veille par l’ennemi. Se cadres étaient incomplets et les renforts reçus l’avant-veille se composaient de jeunes soldats de la classe 1917 et de récupérés.

Le 1er juillet à 9h45, les 1er et 2eme bataillons étaient placés dans la parallèle de départ (tranchée de Berne) : le 1er bataillon à droite et le 2eme à gauche. Le 3eme bataillon était maintenu en réserve à Passy.

Dès midi, l’artillerie allemande entreprenait un bombardement intense sur les premières lignes et les boyaux d’accès, à 16 heures les observateurs signalaient que la tranchée de Franconie était fortement tenue par les Allemands.

L’heure de notre attaque avait été fixée à 19h45. Quelques secondes avant, les vagues d’assaut, sortant de la parallèle de départ, se plaçaient en terrain libre, dans un ordre parfait, puis on s’échelonnaient marchant. Les unités donnaient l’impression d’une troupe manoeuvrant sur place d’exercices avec le souci de l’alignement.

A droite, le 1er bataillon aborde et dépasse la courtine du poteau d’Ailles. A gauche, la progression est plus dure  : l’ennemi a placé en batterie de nombreuses mitrailleuses ; la tranchée de Franconie est garnie au coude à coude et le feu devient extrêmement meurtrier lorsque la première vague arrive à quelques mètres de cette tranchée. La 6eme compagnie perd tous ses officiers et son aspirant  ; la 7eme n’a plus que la moitié de ses cadres ; à la 3eme compagnie, le capitaine et un chef de section sont tués. Les fractions de soutien viennent renforcer la première ligne mais après une dizaine de mètres l’attaque est arrêtée.

Deux officiers qui ont pu sauter dans la tranchée de Franconie sont tués ou blessés. L’ennemi, débouchant des tunnels que notre artillerie n’a pu détruire, contre-attaque de toutes parts. On se maintient quand même dans le boyau Pax ; la courtine du poteau d’Ailles, les extrémités est et ouest de Franconie où l’on édifie des barricades.

Le 2 juillet on s’organise ; le 3eme bataillon vient relever à gauche un bataillon du 28 régiment d’infanterie.

Dans la soirée du 3 juillet une reconnaissance ayant signalé que la tranchée Cante paraissait être faiblement occupée, le 1er bataillon s’en empare immédiatement. Mais, à 20h30, le lieutenant-colonel Malvy apprend que les Allemand se massent sur notre gauche, il donne l’ordre d’attaquer immédiatement à la grenade la tranchée de Franconie.

Une lutte furieuse s’engage sur tout le front du régiment. A droite, le 1er bataillon peut progresser jusqu’au boyau Nix  ; mais à gauche, l’ennemi attaque en force et réussit à prendre pied dans la tranchée Badole. Cinq contre-attaques sont déclenchées successivement sur ce point  ; elles permettent de reprendre la plus grande partie du terrain perdu.

Le lendemain, on enlevait les quelques mètres restés aux mains des Allemands, mais cette lutte à bout portant avait coûté cher aux deux partis.

Enfin, le 7 juillet, le 119eme reprenait l’attaque appuyé à droite par un bataillon du 24eme régiment d’infanterie, à gauche par une compagnie du 4eme zouaves. Les progrès, d’abord sensibles, furent vite enrayés par une très violente contre-attaque débouchant des tunnels.

Néanmoins, tous ces efforts coûteux ne furent pas inutiles car ils arrêtèrent définitivement la progression de l’ennemi vers le ravin de Troyon.

Au cours de ces combats de juillet, les capitaines Chopin et Cante, les sous-lieutenants Lebailly, Maury, Solignac, Yaklo, Tixier et Ossart étaient restés au nombres des morts.

Le 25 juillet, le régiment était cité à l’ordre du corps d’armée dans les termes suivants.

« Régiment d’élite qui s’était déjà distingué en Artois, à Verdun et à Bezonveaux. Ayant été durement éprouvé en juin 1917, a montré moins d’un moi plus tard, sous le commandement du lieutenant-colonel Malvy, un magnifique héroïsme et un splendide esprit offensif en soutenant, pendant sept jours consécutifs, des combats acharnés au cours desquels il a repoussé toutes les attaques ennemies et même avec  un entrain superbe, dans un terrain particulièrement fortifié, deux attaques en terrain libre qui lui ont permis de reprendre aux Allemands une grande partie du terrain que ceux-ci nous avaient enlevé avant son entrée en secteur. »

Malgré ses fatigues et ses pertes, le 119eme avait conservé tout son moral et, dès le 27 juillet, il était encore mis à la disposition de la 158eme division pour coopérer à une nouvelle attaque dans le secteur d’Ailles.

 

 

CHAPITRE VII

 

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Devant Saint-Quentin

Retiré du Chemin-des-Dames, le régiment fut dirigé sur Boulogne-la-Grasse et les trois semaines qu’il y passa furent consacrées à sa réorganisation.

Le 1er septembre 1917, il se portait par étapes, à travers la zone dévastée de Ham, dans le secteur de Grugies-Dallon, en face de Saint-Quentin. Il devait y rester quatre mois, à cheval sur la Somme et le canal latéral, s’employant au renforcement des travaux de défense et à l’exécution de coups de main dans les lignes ennemies.

Une de ces petites  opérations sur le saillant du Moulin de Tous-Vents valut à la 3eme compagnie la citation suivante à l’ordre du 3eme corps d’armée  :

« Chargée, le 5 novembre 1917, d’attaquer une tranchée ennemie située à un saillant particulièrement fort, s’est portée vivement à l’assaut malgré des feux violents d’artillerie et de mitrailleuses. A accomplit avec précision, dans le temps voulu toute la mission qui lui a été confiée, a ramené un prisonnier, du matériel, détruit des abris, repoussé une contre-attaque. »

Son chef, l’adjudant Erard, recevait en même temps la médaille militaire.

La fin de séjour dans ce secteur fut marquée par des duels d’artillerie violents, des bombardements par obus et « minen » toxiques.

Le 12 janvier 1918, le régiment relevé par la 109eme brigade Irlandaise allait s’embarquer à Noyon pour le camp de Sainte-Tranche.

 

 

CHAPITRE VIII

 

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La Champagne

Le 7 mars 1918, le 119eme prenait possession, du sous-secteur Hamont, au nord de Somme-Suippe. Les anciens du régiment ont gardé un souvenir ineffaçable de ces mornes étendues parsemées de bois de sapin, aux tranchées crayeuses coupées d’énormes entonnoirs, derniers vestiges de notre offensive du 25 septembre 1915.

C’était l’époque ou tous, présentant la suprême ruée ennemie, travaillaient sans répit au renforcement de nos organisations défensives. Chaque nuit, d’énormes quantités de fils barbelés couvraient le terrain de réseaux denses et profonds  ; des abris étaient creusés partout ou l’installation d’un groupe de combat avait été prévue.

Le 20 mars, nos premières lignes et nos positions de soutien furent soumises à un bombardement violent et à la tombée de la nuit de nombreuses patrouilles boches étaient repoussées par les grenades et les rafales de fusils-mitrailleurs de nos postes avancés.

Le 21, dès 3 heures du matin, l’ennemi couvrait tout le sous-secteur de projectiles explosifs et toxiques. A 11h30, après un barrage intense, il se portait à l’attaque des postes qu’il avait reconnus la veille, portant son principal effort sur notre droite. Mais nos groupes de combat, exécutant la manœuvre qui leur avait été prescrite dans la nuit, faisaient « la poche », laissant les assaillants empêtrés dans les réseaux de fils de fer.

Puis, à l’heure convenue, nos compagnies de première ligne, précédées de notre barrage roulant, se portèrent à la contre-attaque et reprirent presque sans pertes leurs emplacements du matin.

Ce fut la seule menace sérieuse qu’on eut à parer dans ce secteur. Les Allemands avaient du dégarnir leurs lignes pour grossir les effectifs qui attaquaient vers Montdidier. Le régiment en profita pour étendre sa zone d’incursions. Chaque nuit, des patrouilles circulèrent entre les lignes et même assez avant dans les positions ennemies.

Le 3 avril, à 7 heures du matin, la patrouille du sous-lieutenant Mendousse enlevait un poste ennemi qu’elle avait guetté pendant toute la nuit. Le 13 juin, le sous-lieutenant Malbrancq, apprenant que le régiment allait quitter le secteur, faisait sauter avec quelques volontaires un observatoire de la Butte de Souain.

Mais, le 119eme n’eut pas la joie de recevoir l’offensive ennemie sur le terrain qu’il avait méthodiquement organisé. Le 18 juin, il embarquait en chemin de fer à Valmy et était transporté à Pont-Sainte-Maxence.

 

 

CHAPITRE IX

 

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L’Oise, l’Aronde et le Matz

Dès le 23 juin, le 119eme est en ligne devant la tête de pont de Gournay-sur-Aronde.

C’est un secteur de fin d’attaque, adossé aux marais de l’Aronde et coupé par la route nationale de Lille à Paris qu’il faut défendre jusqu’à la dernière extrémité. Quelques tranchées ébauchées, peu de fils de fer et, pour s’abriter, de simples trous individuels cachés dans les blés. La circulation n’est possible que la nuit, mais fréquemment le violent tir de nombreuses mitrailleuses oblige les corvées de vivres et de matériel et les travailleurs à faire des « plat-ventre ».

Jusqu’au 9 août, le régiment, alternant avec les autres unités de la division, occupera ce secteur dont les travaux seront poussés avec une activité inlassable.

Plusieurs reconnaissances sont exécutées à l’intérieur des lignes ennemies.

Le 1er juillet, un détachement de la 6eme compagnie, commandé par le sous-lieutenant Vatel, ramène 7 prisonniers du bois des Friches-de-Porte.

Le 9 juillet, le 1er bataillon est mis à la disposition de la 121eme division pour former la gauche d’une attaque dirigée sur la ferme Porte.

Le mouvement qu’il avait à exécuter consistait à partir d’une base de 800 mètres pour venir occuper un nouveau front d’environ 1200 mètres en pivotant sur sa  gauche  ;dans ce mouvement, on devait rencontrer un champ d’entonnoirs et un chemin creux organisés qui laissaient espérer une ample moisson de prisonniers.

Le bataillon était rangé à 2h30 sur la base de départ. A gauche, la 1er compagnie (sous-lieutenant Dupuy) ; à droite, la 3eme compagnie (lieutenant Cousin) , partant chacune avec deux sections d’assaut, une section de soutient, une section de nettoyeurs  ; une demi section du génie devait renforcer les nettoyeurs de la 3eme compagnie. La 2eme compagnie (capitaine Autafage) ne conservait comme en cas, à la disposition du chef de bataillon, qu’un peloton avec une section de mitrailleuses, l’autre peloton, disposé immédiatement derrière les vagues d’assaut, devait servir à former deux forts détachements de liaison.

a)       Une section avec 1 S M assurait la liaison entre les deux compagnies de première ligne qui, de par la divergence de leurs directions d’attaque devaient s’écarter l’une de l’autre au cours de leur progression.

b)       Une section avec 1 S M devait se joindre à notre droite à une section du 2eme bataillon du 404eme régiment infanterie pour assurer une liaison étroite et efficace entre les deux bataillons.

Enfin, 4 mitrailleuses au pivot extrême gauche étaient prêtes à flanquer par un tir ininterrompu, la progression de l’attaque et à prendre à partie les contre-attaques qui pouvaient partir des Friches-De-Porte.

L’attente est longue dans les hautes herbes mouillées. Enfin, à 3h18, le tir d’artillerie se déclenche avec précision, une régularité, un ensemble, et une ampleur qui ont enthousiasmé tous les exécutants. A 3h20, les petites colonnes bondissent, tout d’abord, on n’entend rien, l’ennemi ne s’attend pas sans doute à une irruption aussi brusque et se tient terré sous le barrage roulant, mais au bout de deux minutes, des mitrailleuses se révèlent. Mal leur en prend car, tandis que nos FM avancent en tirant, nos grenadiers débordent les gêneurs et ont bientôt fait de les mettre hors de cause. Nous avons eu deux tués et cinq blessés par les mitrailleuses ennemies. Le barrage d’artillerie ennemi reste insignifiant.

A droite, l’ennemi a le temps de se ressaisir, il faut en venir au corps à corps dans le chemin creux, mais nous avons tout de suite le dessus.

De nombreux prisonniers sortent de leurs trous, les mains levées. Ils paraissent, pour la plupart, enchantés d’en être quittes à si bon compte. D’autres, apeurés, restent tapis dans les hautes herbes d’où on les extraira toute la journée, quelques uns essayent de s’enfuir et sont fusillés dans le dos par nos hommes qui ont retourné contre eux leurs propres mitrailleuses abandonnées, ceux qui ont le mauvais goût de se défendre avec acharnement dans les gourbis du chemin creux, sont livrés aux bons soins des nettoyeurs qui toutefois, respectent un groupe de cinq officiers (dont un commandant de compagnie) qu’ils conservent précieusement pour qu’à l’arrière on puisse les confesser.

A 14h30 le nettoyage est à peu près terminé, partout l’objectif a été atteint. Les commandants de compagnie regroupent leurs unités, on reprend l’échelonnement en profondeur, on constitue, avec les grenades boches, des stocks précieux qui économisent nos corvée de ravitaillement, et on active fébrilement les premiers travaux d’organisation du terrain conquis, profitant de l’absence de réaction de l’artillerie ennemie qui n’agira pas efficacement avant 14 heures.

Le bilan de l’opération se traduit, pour le bataillon, par la capture de  :

140 prisonniers (dont 5 officiers)

3 minenwerfer de 77 avec leur approvisionnement

2 mitrailleuses francaises Hotchkiss

2 mitrailleuses lourdes Maxim

11 mitrailleuses légères

Nombreux fusils et abondant butin en matériel et munitions.

A la suite de cette opération le 1er bataillon du 119eme fut cité à l’ordre de la III eme armée numéros 493, du 23 août 1918, dans les termes suivants  :

« Bataillon de premier ordre qui, depuis le début de la campagne s’est distingué dans tous les combats ou il a été engagé. Le 9 juillet 1918, sous le commandement du chef de bataillon Bédoura, s’est élancé brillamment à l’assaut, a atteint d’un seul bond les objectifs qui lui étaient assignés, capturant 5 officiers, 135 hommes, 13 mitrailleuses et 3 minenwerfer.  »

Mais l’heure de notre offensive approche et l’on s’y prépare minutieusement. Chaque nuit, pendant que munitions et vivres s’accumulent dans les dépots de secteur, des détachements vont explorer le terrain d’attaque et rapportent de précieux renseignements.

Enfin, dans la nuit du 9 au 10 août, le régiment prenait son dispositif de départ.

Il avait mission d’enlever la moitié sud-est du bois de Ressons.

A 4h. 20, il attaquait, ayant en première ligne  : à droite, le 2ème bataillon (commandant Laporte) ; à gauche, le 3ème bataillon (capitaine Bonnelie) ; et en soutien le 1er bataillon (commandant Bédoura) .

La zone d’action du régiment n’étant pas constituée par une position organisée, il fallait s’attendre à voir le combat prendre immédiatement l’allure d’une attaque en rase campagne. Les bataillons avaient donc été formés en petites colonnes souples, munies de mitrailleuses et de canons J-D, pour la réduction des résistances.

En outre, la 6ème section de chars légers du 504ème régiment, sous les ordres du lieutenant de Portalis, avait mission d’appuyer l’infanterie.

Deux objectifs d’ensemble avaient été assignés au régiment. Le premier était délimité par une haie forestière sensiblement parallèle à la lisière sud-ouest du bois de Ressons, sur laquelle les unités de première ligne marqueraient un temps d’arrêt pour se reformer et raccorder leur front à celui du régiment voisin. Le deuxième était la lisière nord du bois de Ressons, dont il y avait lieu de prévoir après conquête l’occupation et la mise en état de défense. On devait aussi dès cet objectif atteint nettoyer la zone comprise entre la lisière et le chemin ferme Mahet Ressons-sur-Matz, à 500mètre environ du nord du bois, et enlever l’artillerie et les engins qui pourraient s’y trouver.

L’exploitation du succès était prévue et devait faire l’objet d’ordres  nouveaux qui seraient donnés en temps et lieu.

L’attaque se déroulz avec une précision remarquable.

Suivant le programme établi, les nids de résistance de la lisière du bois et des boqueteaux environnants furent manœuvrés et réduits. A6h30, le bois de Ressons tout entier était tombé entre nos mains. A 7 heures, le nettoyage de la zone au nord du bois étant terminé, le débouché possible, l’ordre est donné d’exploiter le succès.

Le 1er bataillon (commandant Bédoura) est mis en tête, il dépasse de suite les objectifs prévus pour la journée et s’avance vers Resson-sur-Matz qu’il attaque à la fois par le sud, par l’ouest et par le nord.

La 2ème compagnie (capitaine Autafage) pénètre dans Resson par la sortie sud et se prolonge vers le Matz. Elle est accueillie par de violente rafales de mitrailleuses instalées dans les vergers et dans les caves. Mais les chars légers du lieutenant de Portalis ne sont pas loin, ils accourent à la rescousse et toute la partie sud du village est promptement nettoyée, presque sans pertes. Une trentaine de prisonniers sont faits de ce côté.

La 3ème compagnie (lieutenant Cousin) aborde le village par les ruelles qui aboutissent à la place de l’église. La résistance de l’ennemi retranché derrière des barricades et dissimulé dans les caves ne tarde pas à être surmontée par nos petits groupes de grenadiers qui s’infiltrent un peu partout et qui sont merveilleusement secondés par les chars légers. Encore une cinquantaine de prisonniers au tableau.

Au nord, la lutte est des plus sérieuses, des vergers à cheval sur la route et des pentes est du Matz partent des feux nourris de mitrailleuses qui nous causent quelques pertes. La grande rue du village est enfilée par des mitraillettes des dernières maisons et du calvaire. Il faut stopper un instant pour voir clair dans ce labyrinthe et attendre la 1er compagnie qui arrive en toute hâte.

La 3ème compagnie, qui a occupé l’église, franchit le Matz et va attaquer Bayencourt ou s’obstine quelques récalcitrants, car la division voisine a progressé plus lentement.

La section de canons mise à la disposition du bataillon balaye l’orée des bois de Ricquebourg. Voici enfin la section de chars légers du lieutenant Binet-Valmer, qui vient nous offrir spontanément ses derniers litres d’essence et ses derniers obus. Ainsi couverte la 5ème compagnie (capitaine Guichet) , ayant à sa tête le chef de bataillon Bédoura et l’abbé Carrel , pousse résolument de l’avant. Le nettoyage se fait parfois d’une façon expéditive car il y a déjà de nombreux morts à venger. Dans cette dernière phase, on a fait beaucoup de butin et peu de prisonniers, il fallait aller vite !….

Durant l’avance de cette première partie de la journée le terrain boisé coupé d’obstacles et le village de Ressons ont fourni l’occasion de nombreux actes d’initiative et de bravoure individuelle. Mitrailleurs, fusiliers mitrailleurs, grenadiers VB et canons d’accompagnement ont su manœuvrer et réduire les très nombreuses mitrailleuses ennemies. L’appui des chars légers a facilité notre tâche. Les prisonniers ont été faits par de très petites fractions, comme la patrouille du sergent Canu, de la 3ème compagnie, celles des caporaux Dupré et Flamand, de la 3ème compagnie, ou par de hardis isolés, comme Armand, de la 3ème compagnie, qui désarme de sa main deux allemands.

Les chars, qui nous ont si bien secondés, nous quittent, étant au bout de leurs munitions et ne possédant plus d’essence strictement nécessaire pour leur retour. Les lieutenants de Portalis et Binet-Valmer se présentent au lieutenant-colonel pour lui rendre compte de l’achèvement de leur mission et lui exprimer le regret de ne pouvoir continuer à combattre avec le 119ème. Ils font ressortir la manière brillante dont les soldats du régiment ont su mettre à profit la puissance des chars, la façon énergique qu’ils ont eue de progresser avec eux et la sécurité que leur donnait l’intime liaison, constamment gardée.

Privé de ces puissants auxiliaires, le régiment continue cependant son avance.

A 14h15, la marche est reprise sur la Neuville.

Le 2ème bataillon (commandant Laporte) se porte en renfort à gauche du bataillon Bédoura.

Pendant que le bataillon Bédoura vient border la lisière sud de la Neuville, le bataillon Laporte s’élève sur la lisière ouest tuant sur leurs pièces les mitrailleurs ennemis.

Le combat s’engage à nouveau dans le village, comme à Ressons. Il est rendu plus pénible par l’absence des chars, mais la marche débordante du bataillon Laporte oblige l’ennemi à la retraite.

Le lieutenant-colonel porte à ce moment son PC dans un abri ennemi au sud de Ressons. On remarque, à 100 mètres environ un vaste bâtiment portant un grand drapeau blanc à croix rouge. Le médecin aide major Dombre, du 1er bataillon décide d’y placer son poste de secours, mais au moment ou il se présente pour y pénétrer, un dépôt de munitions important, que ce drapeau couvrait traîtreusement, fait explosion.

Le village de la Neuville enlevé, le bataillon Laporte marche sue le Haut-Matz. A 15heures, ces deux localités sont atteintes, le combat s’y engage encore avec des mitrailleurs et des grenadiers ennemis. Ces villages ne tardent pas cependant à tomber entre nos mains.

La nuit venue, l’ordre est donné de couvrir à droite le mouvement du 28ème RI qui doit se diriger sur Conchy-les-Pots.

Le ravitaillement est sur le point d’arriver et les soldats, qui ont combattu tout le jour, sont prêts à faire un accueil empressé aux cuisines roulantes. Mais l’ordre est, pour le bataillon Laporte de se porter au Manceau, on dînera plus tard. Le bataillon part sans hésiter et ses troupes de grenadiers engagent un combat, dans la nuit noire, avec les allemands qui tiennent le haneau.

La lutte est rendue plus difficile par l’obscurité et plus impressionnante par les lueurs et les explosions de grenades. Il est difficile de se rendre compte du nombre des occupants, de leurs emplacements et des mouvements qu’ils peuvent exécuter. Pourtant on pénètre dans le hameau et le 2ème bataillon en reste maître dès la pointe du jour.

Le 11 août à 6 heures, continuation de l’attaque.

Le 2ème bataillon (commandant Laporte) est en première ligne à droite, le 3ème bataillon (capitaine Bonnelie) est en première ligne à gauche. Ces deux bataillons, ont comme axe de marche la route de Ressons, Roye-sur-Matz et présentent leur front à hauteur du village de la Berlière et du hameau de Manceau.

Le 1er bataillon (commandant Bédoura) est en réserve, sur la partie nord du village de Ricquebourg.

Le village de la Berlière est traversé par les bataillons Laporte et Bédoura sous un feu violent d’artillerie de gros calibre et de mitrailleuses. Pourtant la progression n’est pas arrêtée.

A 8 heures, la section de l’adjudant Eudes de la 11ème compagnie (lieutenant Laurent) , qui forme la droite du 3ème bataillon (capitaine Bonnelie) , pénètre dans les première maisons de Roye-sur-Matz. Attaquée de toute parts, elle est anéantie. Une action rapide peut seule empêcher l’ennemi de tirer profit de ce succès. Le 1er bataillon se portant en avant au pas de course vient border la lisière sud du village pendant que le 2ème bataillon à droite et le 3ème bataillon à gauche débordent la localité. Le combat prend une allure extrêmement violente, nos hommes sont exaspérés par la destruction de la section Eudes, la fougue de leur attaque est extrême et le combat mené avec une ardeur redoublée. A 9 heures, Roye est conquis et le bataillon Bonnelie prend pied sur la hauteur cote 83, au nord de Roye-sur-Matz.

Toute l’opération s’est faite sans l’aide de l’artillerie de campagne avec le seul appui des canons d’infanterie qui de la lisière sud du village tiraient à toute volée sur les nids de mitrailleuses.

A 10 heures, la marche est reprise en direction de Canny. De nombreuses mitrailleuses, établies sur les flancs du régiment qui est en flèche, rendent le mouvement extrêmement difficile  ; on progresse par infiltration. Enfin, dans la soirée, les tranchées du Castor et du Colibri, situées à 600 mètres au nord-est de Roye-sur-Matz, sont occupées à la demande du 404ème régiment d’infanterie qui doit marcher dans la direction de Lassigny.

Cette journée, où l’infanterie agit presque constamment avec ses seuls moyens et dans un accrochage allant au corps à corps, vit, comme la veille à Ressons, de nombreux actes individuels prouvant la haute valeur du régiment.

Le 12 août, le régiment reçoit l’ordre de se réorganiser sur place.

Le lendemain, le 2ème bataillon attaque la ferme Laroque, mais des rafales de mitrailleuses et d’obus de gros calibre déclenchées sur nos premières lignes rendent la progression extrêmement coûteuse. Quelques éléments qui ont pu cependant atteindre leur objectif sont bientôt obligés de se replier en ramenant leurs blessés.

Les 14 et 15, le régiment subit un tir continuel d’obus à arsine qui force les hommes à conserver le masque pendant plus de douze heures, par une chaleur accablante.

Le 16, des reconnaissances sont poussées vers la station de Canny, et la ferme Laroque, qu’on décide d’enlever coûte que coût le lendemain.

Il n’y aura pas de préparation d’artillerie  ; le groupe d’appui n’interviendra que pour faire barrage à 200 mètres des objectifs, quand des fusées rouges lui diront  :  « J’y suis, j’y reste ». Mais la section de 75 A. C. du lieutenant Lhomme, mise à la disposition du régiment et placée immédiatement derrière notre première ligne, doit ouvrir à l’heure fixée pour l’assaut un tir à visée directe de deux minutes sur la station de Canny, distante à peine de 1000 mètres.

Le lendemain, à 13h45, la 1ère compagnie pousse trois groupes de grenadiers dans les boyaux, les plus près possible de la route Roye-sur-Matz à Lassigny  ; le reste de la compagnie, dissimulé à courte distance, est prêt à suivre le mouvement.

A 14 heures, la section de 75 A. C. du lieutenant Lhomme, tirant à toute vitesse, donne le signal. A droite, les grenadiers sautent dans la ferme  ; une mitrailleuse qui veut ouvrir le feu est capturée. Les Boches, qui essaient de s’enfuir sont fauchés par nos fusils-mitrailleurs et le tir de nos canons d’infanterie. Dans la ferme, on trouve le butin le plus varié  : des vivres, des munitions, des armes, de l’argent et des cartes à jouer que les défenseurs ont abandonnés sur la toile de papier tissé qui leur servait de tapis vert.

A 14h23, la station est enlevée et le 3ème bataillon, sous les ordres du commandant Servent rentré de permission, vient border la lisière est du village de Canny.

Le 19, on reprend la marche en avant. Le régiment, en liaison à gauche avec le 24ème régiment d’infanterie, à droite avec la 121ème division, doit se porter vers l’est sur la tranchée de l’ancienne position française. Le 3ème bataillon, soutenu en arrière par le 2ème bataillon, est chargé de l’opération.

A 6h30, le 3ème bataillon se met en marche sous la protection d’un barrage roulant. Toute la ligne à enlever est couverte de mitrailleuses qu’une préparation d’artillerie d’une heure et demie n’a pu réduire.

La lutte sur ce terrain complètement découvert, est extrêmement pénible. A gauche, après trois échecs coûteux, le point 42, 28 est enlevé  ; mais le Bois Impénétrable, très fortement occupé, résiste toujours. Les quatre canons J-D sont alors amenés à cinquante mètres du bois qu’ils couvrent de projectiles. Peu à peu, les mitrailleuses ennemies cessent leur tir  ; seul un petit groupe commandé par un officier continue la lutte. Le sous-lieutenant Delangle, d’un coup de fusil, abat l’officier et, profitant de l’hésitation qui se produit chez l’ennemi, les 10ème et 11ème compagnies pénètrent dans le bois et y capturent 24 prisonniers et 21 mitrailleuses. Les cadavres de deux capitaines et de nombreux soldats allemands jonchent le sol. Le visage des ennemis capturés reflète une terreur indicible qui se traduit par ces mots de l’un d’eux  : « Ce n’est plus de la guerre, c’est de la folie ! »

Le soldat Fougère de la 9ème compagnie, chargé d’une liaison, se trouve subitement en présence de sept Allemands armés d’une mitrailleuse  : il leur donne l’ordre de se rendre et les Boches lèvent les mains.

Mais, pendant que les canons J-D bombardent le bois des 21 peupliers, le bataillon Servent atteint, malgré un violent tir de barrage, la tranchée de la Kyrielle. La chaleur est intense, les unités dans un état de fatigue extrême. Une contre-attaque débouche de la route de Lassigny  ; nos hommes mettent baïonnette au canon et se portent à sa rencontre. L’ennemi, surpris, fait demi-tour, laissant des prisonniers entre nos mains.

Dans la soirée, le 2ème bataillon vient prolonger à droite le 3ème bataillon, dont les pertes ont été sérieuses.

Enfin, le 21 à 5h30, les 2ème et 3ème bataillons, dans un dernier effort, enlevaient la tranchée de l’Idée, terme de la tâche glorieuse assignée au régiment.

L’entrain et l’esprit de sacrifice des hommes n’ont pas diminué  ; on dirait que les pertes nombreuses de leurs gradés, en particulier celle du capitaine Vartan, ont exalté encore leur désir de vaincre. On voit par exemple le fusilier-mitrailleur Bernard de la 7ème compagnie  ; qui a eu successivement deux fusils-mitrailleurs brisés dans les mains, en prendre un troisième trouvé sur le terrain et continuer à battre obstinément la même mitrailleuse.

En résumé, du 10 au 22 août 1918, le régiment a enlevé successivement  : la partie est du bois de Ressons, les villages de Ressons-sur-Matz, Bayencourt, la Neuville-sur-Ressons, Ricquebourg, le Haut-Matz, la Berlière, le Manceau, Roye-sur-Matz, la ferme Laroque, la station et la partie sud de Canny et porté enfin notre ligne au-delà de la route Roye-Lassigny.

Au cours de cette progression de plus de 15 kilomètres il a été capturé  : 3 officiers, 259 hommes, 1 canon de 77, 9 mortiers, 15 granatenwerfer, 53 mitrailleuses, 1 hôpital de campagne, des voitures, des dépôts considérables de vivres, de munitions et de matériel.

Le 3 octobre 1918, il était cité à l’ordre de la IIIème armée dans les termes suivants  : « Régiment d’élite. Le 10 août 1918, sous les ordres du lieutenant-colonel Malvy, a enlevé d’un seul élan tous les objectifs qui lui étaient assignés, les a dépassés, progressant de plus de dix kilomètres dans la même journée, s’emparent successivement de six villages fortement organisés. Du 11 au 22 août, a encore progressé de cinq kilomètres, enlevant dans une lutte acharnée trois localités et une position fortement défendue. A capturé  262 prisonniers, des canons, de nombreuses mitrailleuses et un important matériel.  »

Déjà, le 3 septembre 1918, la citation ci-après, à l’ordre du 34ème corps d’armée, avait récompensé le peloton de canons d’accompagnement de son effort splendide pendant les glorieuses journées du Matz  :  « Pendant les combats qui se sont déroulés du 10 au 22 août 1918, a constamment fait preuve d’énergie, de bravoure et d’entrain. Servant avec opportunité les pièces chargées d’accompagner les attaques, a brillamment rempli son rôle, aidé puissamment à la réduction des résistances, se mettant même en batterie à cinquante mètres des mitrailleuses ennemies, tirant au total 900 obus et conservant jusqu’à la dernière heure son matériel en parfait état d’entretien.

 

 

Chapitre X
Le dernier effort

 

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Au-delà de la Vesle et de l’Aisne – L’armistice.
Le salut des morts.
Le régiment avait été retiré du front à la date du 8 septembre et avait eu quelques jours de repos durant lequel les renforts lui étaient parvenus.

Dès le 15 septembre, le régiment reprenait par une série de marches de nuit le chemin du front, pour se rassembler enfin dans la nuit du 29 au 30 septembre, à Saint-Gilles.

Le 30 septembre, ordre est reçu de prendre part à l’attaque. La division, d’abord en réserve du 20ème corps d’armée, ne devra gagner sa base de départ, située au nord-est du Grand-Hameau, qu’après que la 45ème division d’infanterie aura atteint le deuxième objectif et dégagé cette base.

Cependant, dès 7 heures, il est prescrit de se porter en avant.

Le passage de la Vesle a lieu sans incident  ; mais vers 9h15, une fraction avancée, sous la direction de l’officier de renseignements (le lieutenant Bruhier), est prise à partie par des rafales de mitrailleuses ennemies au nord du village de Courlandon. La base de départ est donc encore tenue par l’ennemi. Les unités se rassemblent momentanément dans le bois au nord de Courlandon.

Vers 12 heures, le 9ème tirailleurs ayant réussi à chasser l’ennemi du Grand-Hameau, le régiment attaque dans les conditions précédemment prévues.

-         1er bataillon (bataillon Bédoura) , en première ligne  ;

-         2ème bataillon (bataillon Laporte) , en soutien  ;

-         3ème bataillon (bataillon Servent) , réservé d’I. D.

La progression est de suite pénible, les mitrailleurs ennemis se cramponnent au terrain et se font tuer sur leurs pièces. Cependant, à 16 heures, le bataillon Bédoura dépasse la route ferme Beauregard-arbre de Romain.

A 12 heures, il est à nouveau arrêté par les mitrailleuses et de nombreux minenwerfer.

Les zouaves, à droite du régiment, ne progressant pas, force est de stopper pour la nuit.

Le 1er octobre, reprise de l’attaque à 6 heures. Elle se développe encore lentement en terrain difficile et boisé dans sa dernière partie, mais cependant, le village de Concevreux est enlevé  ; à 11h15, le régiment atteint donc le canal au sus de l’Aisne et prend comme trophées  : 2 mortiers de 210, 2 minenwerfer de 170, 5, 2 canons de 150 intacts avec leurs munitions, 1 canon de 77, un grand nombre de mitrailleuses et un matériel divers considérable.

Cinq prisonniers sont aussi ramenés.

Le débouché du village de Concevreux est très difficile, les lisières étant violemment battues par les mitrailleuses.

Le 2 octobre, le bataillon Bédoura occupe la Mutte-Duterne. Les éléments ennemis se replient tout à fait au nord du canal en incendiant les passerelles. Les ponts sur le canal et sur l’Aisne sont d’ailleurs coupés depuis quelque temps.

Le 3 octobre, malgré la vigilance de l’ennemi et le tir nourri de ses mitrailleuses, on a pu dans la nuit protéger le travail du génie qui a réussi à lancer trois passerelles sur le canal. La 6ème compagnie du bataillon Laporte franchit le canal et s’établit sur la rive nord s’assurant le débouché des passerelles. Le passage de cette compagnie est assez âprement disputé ; le feu de l’ennemi est vif, mais heureusement un peu dispersé, sans doute faute de vues précises sur les passerelles. Le terrain est très découvert et n’offre pas d’abris.

Le 4 octobre, le 119ème affermit son dispositif  :

-         Le 1er bataillon surveille le canal et tient les passerelles  ;

-         Le 2ème bataillon, en soutien  ;

-         Le 3ème bataillon, en réserve au nord de Courlandon.

Le 5 octobre, le régiment qui n’a que des abris précaires subit un violent bombardement par minewerfer  ; l’aviation ennemie se montre très active.

Le 6 octobre, ordre est donné de tenter le franchissement de l’Aisne et de jeter au nord de cette rivière des éléments légers pour permettre dans la suite le passage.

Le bataillon Bédoura, renforcé du peloton de canons d’accompagnement et d’une section de mitrailleuses de bataillon Laporte, est chargé de l’opération. Il n’existe sur l’Aisne aucune passerelle et les ponts de Pontavert et Chaudardes sont détruits. La nuit doit donc être employée à établir de nouvelles passerelles sur le canal et à nettoyer le terrain entre le canal et l’Aisne où l’ennemi a encore des éléments. Deux patrouilles envoyées vers l’Aisne sont accueillies par de violentes rafales de mitrailleuses ; elles font connaître que le terrain est très marécageux et fortement battu.

L’opération est reprise au jour en empruntant une passerelle établie par la division d’infanterie de droite près de Pontavert et qui paraît moins connue de l’ennemi que les autres.

Une reconnaissance forte d’une section (lieutenant Jourdin) et d’une section de mitrailleuses (adjudant Robert) s’engage dans la zone entre Aisne et canal. Elle est suivie d’un sergent et six hommes du 3ème zouaves qui coopèrent à l’action. Bien qu’accueilli par un feu violent, le lieutenant Jourdin, avec un groupe, se porte résolument vers la boucle de l’Aisne, le second groupe contrebattant l’ennemi par son feu. Cette action  décidée et hardie a pour résultat de couper la retraite à un groupe ennemi composé d’un officier et de dix-neuf hommes qui sont faits prisonniers.

Le lieutenant Jourdin trouve malheureusement la mort dans cette opération.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre, une nouvelle tentative de passage de l’Aisne demeure infructueuse en raison de l’impossibilité de lancer des passerelles et du feu très violent de mitrailleuses et de « minen » de l’ennemi.

Dans la nuit du 7 au 8, le bataillon Servent et le bataillon Bédoura relèvent à notre droite le front de la 45ème division d’infanterie. Cette relève est très pénible et violemment battue par l’ennemi. Les reconnaissances nécessaires à ce mouvement entraînent la mort d’un officier d’un courage et d’un allant exceptionnels  : le sous-lieutenant Malbrancq, déjà l’objet de nombreuses citations et fait récemment chevalier de la Légion d’honneur.

Le frère du sous-lieutenant Malbrancq, sergent fourrier, venait d’être mortellement frappé. Le chef de bataillon Bédoura en avertit Malbrancq et l’invite à quitter un moment sa compagne pour se rendre auprès de son frère qu’il aimait beaucoup et l’embrasser une dernière fois. Le sous-lieutenant Malbrancq refusa en disant  : « Ma douleur est grande, mais la situation est trop grave pour que j’abandonne mes hommes ! ». Il était lui-même tué quelques heures plus tard d’une balle à la tête.

Dans la nuit du 8 au 9, le bataillon Laporte est relevé par un bataillon du 28ème régiment d’infanterie et passe en réserve d’I. D.

Le 10 octobre, plusieurs tentatives de lancement de passerelles, faites en dépit d’un bombardement violent, échouent à cause du courant de la rivière.

Dans la nuit du 10 au 11, le bataillon Servent réussit à établie plusieurs passerelles. Le bataillon Bédoura, malgré ses efforts, n’a pu y parvenir.

Au petit jour, le bataillon Servent pousse au nord de l’Aisne une compagnie et demie qui s’y établit. Le bataillon Bédoura redouble ses efforts pour lancer des passerelles  ; un feu violent de mitrailleuses l’en empêche, venant de Pontavert sur son flanc droit et des hauteurs dominant l’Aisne, en face de lui.

A 9 heures, les éléments du bataillon Servent qui se sont établis au nord de l’Aisne sont violemment contre-attaqués, mais conservent leur position.

Le caporal Castro, malgré le froid, se jette à l’eau, traverse l’Aisne à la nage et peut ainsi apporter à son chef de bataillon les renseignements attendus.

Cependant, après l’échec de la contre-attaque ennemie, le bataillon Servent reprends la progression. Celle-ci, très difficile, est arrêtée vers 15 heures par un barrage violent.

A 17 heures, le bataillon Servent occupe le chemin Plâtrerie-château de Pontavert. L’ennemi a dû abandonner une passerelle sans avoir pu la détruire.

Le 12 octobre, à l’aube, le régiment ne constatant plus qu’une faible résistance franchit l’Aisne et, en fin de journée, notre première ligne arrive sans pertes à hauteur d’Amifontaine.

Le 13 octobre, la marche est reprise au petit jour. Notre première ligne est arrêtée par des feux de mitrailleuses devant la ferme Fleuricourt. Il faut manœuvrer. La ferme est enlevée à 14h15. Le deuxième objectif (Solfericourt) est atteint à 15h20 mais nous sommes arrêtés à la tombée de la nuit par barrage d’artillerie, mitrailleuses et fusillade.

Le 14 octobre, l’attaque recommence à 6h35. Nous rencontrons une résistance sérieuse, l’ennemi occupant une position bien organisée. La marche est retardée par de nombreux traquenards et embûches tendus dans le bois et qu’il faut déjouer.

Le 15 octobre, reprise de l’attaque. Le premier objectif est atteint à 14 heures  ; mais le deuxième ne peut l’être, les 24ème et 28ème régiments d’infanterie, pris sous des feux très violents, n’ayant pas pu déboucher. En fin de journée, le 119ème est arrivé à 500 mètres au sud du chemin de la Selve-Sissonne.

Le 16 octobre, à 6 heures, le bataillon Laporte essaye de progresser sous les feux violents venant de la ferme Macquigny, de la cote 118 et de la tranchée du Cardinal. Deux sections de mitrailleuses du bataillon Servent s’établissent sur le mont Simon-Legrand.

A 12h30, deux sections de la 5ème compagnie occupent la partie sud du bois du Fanion. Elles peuvent d’abord progresser d’environ deux cents mètres malgré le feu des mitrailleuses ennemies, mais elles sont atteintes par le tir de notre artillerie et obligées de se replier, n’ayant pu obtenir l’allongement du tir.

A gauche, la 7ème compagnie, qui essaie d’aborder la cote 118 par le sud-ouest, est arrêtée par les mitrailleuses ennemies et perd son commandant de compagnie, le sous-lieutenant Dougnaux, tué d’une balle à la tête.

Nos voisins de droite (82ème RI) et de gauche (28ème RI) ont pu avancer mais on voit veurs 15 heures les Allemands travailler a des tranchées sur la cote 118.

Les 17 et 18 octobre bombardements de tous calibres, harcèlement des mitrailleuses.

Le 19 octobre, l’attaque est ordonnée sur la cote 118 et la route de la Selve. A 2h30 les bataillons Laporte et Bédoura sont placés sur la base de départ. Dans chaque bataillon, deux compagnies en ligne et une compagnie en soutien. Entre la première ligne et les soutiens, il a été constitué deux détachements, chargés de réduction des nids de mitrailleuses, composés chacun d’une pièce d’accompagnement, quatre V-B, quatre grenadiers, un F. M. Les mitrailleuses sont réparties à raison de une section par compagnie de première ligne et deux sections par compagnie de soutien.

Des patrouilles poussées dans le bois du Fanion et vers la cote 118 constatent que l’ennemi a renforcé ses défenses accessoires et que le bois et la cote 118 paraissent fortement tenus.

A 9 heures, le tir dur 155 est ouvert sur la cote 118 ; il est trop court.

A 9h59, déclenchement du barrage roulant, trop court surtout à gauche. Il en résulte que les deux compagnies du bataillon Bédoura et la compagnie de gauche du bataillon Laporte ne peuvent s’élancer qu’à 10 h 5. L’effort est décousu ; les vagues d’assaut sont immédiatement prises sous un feu très violent.

A droite, les 6ème et 7ème compagnies sont fortement gênées par deux nids de résistance que l’on ne parvient à réduire qu’à 12 heures, grâce à un mouvement débordant de la 6ème compagnie appuyée par des éléments du 82ème régiment d’infanterie. Les deux mitrailleuses sont prises et leurs servants tués ou capturés. La progression continue. A gauche, après un combat très vif allant jusqu’au corps à corps, les 1ère et 3ème compagnies prennent pied sur la cote 118 : soixante prisonniers et trois mitrailleuses lourdes y sont capturés. Le sergent Frémont, commandant un détachement de nettoyeurs, a réussi pour sa part, grâce à une petite manœuvre habile et audacieuse, à en capturer une avec les servants.

A droite, le bataillon Laporte, dans le bois du Fanion, prenait quarante-deux hommes, trois mitrailleuses lourdes, deux mitrailleuses légères, un minenwerfer léger et un fusil contre tank.

Deux sections de la 3ème compagnie continuent la progression mais elles sont arrêtées par des feux violents à 300 mètres de la ferme Macquigny. Dans l’après-midi, l’ennemi réagit violemment par le feu d’artillerie, obus toxiques et rafales de mitrailleuses.

A 16h50, bombardement sur tout le front et surtout à gauche, sur le 28ème régiment d’infanterie, dont les éléments se replient jusqu’au mont Simon-Legrand. La 3ème compagnie est ainsi découverte  ; elle est aussitôt attaquée violemment sur son flanc gauche et à revers. Un peloton de la compagnie de soutien du bataillon Bédoura est engagé en hâte pour tenter de boucher le vide entre la 3ème compagnie et le 28ème régiment d’infanterie. La section de mitrailleuses de l’adjudant Robert, que le bombardement a réduite à trois servants et une pièce, parvient à se dégager par un combat corps à corps.

L’infiltration ennemie gagne cependant et la 1ère compagnie est en danger, à son tour, d’être encerclée. La section Prentout et la section de mitrailleuses du lieutenant Maillard sont entourées et continuent à combattre. Le sergent Penin est tué à bout portant ; le lieutenant Maillard, servant lui-même une pièce, tire sans arrêt jusqu’à ce que les ennemis arrivent sur lui et le terrassent.

La 1ère compagnie se replie pas à pas et regagne sa base de départ, ne laissant aux mains de l’ennemi que trois hommes tués ou blessés. A droite, une contre-attaque ne peut mordre sur le bataillon Laporte, protégé par le barrage efficace de notre artillerie.

A 17h30, nouvelle contre-attaque sur le bataillon Laporte. La 7ème compagnie, cette fois, est bousculée, mais ramenée bravement par son chef, le sous-lieutenant André, qui ne dispose plus que d’un seul chef de section, elle occupe à nouveau le terrain qu’elle a conquis.

Les deux sections de tête de la 6ème compagnie, pressées vivement, se replient vers la cote 121.

A 18 heures, sur l’ordre du lieutenant-colonel Malvy, le bataillon Laporte exécute une contre-attaque qui lui permet de rétablir complètement sa situation.

Le 20 octobre, dès le petit jour, violent bombardement ennemi par obus toxiques  ; le bataillon Bédoura passe en réserve.

Le 21 octobre, harcèlement continuel de l’artillerie ennemie  ; une large zone au sud du mont Simon-Legrand est ypéritée.

Les 22, 23 et 24 octobre, journées marquées par des tirs de surprise très importants et une grande activité d’aviation. Harcèlement incessant durant la nuit.

Dans la nuit du 24 au25, nous recevons l’ordre d’attaquer le25 à heures dans le but de  :

-         S’emparer de la cote 118  ;

-         Pousser des reconnaissances vers la ferme Marquigny.

Les 5ème et 7ème compagnies (bataillon Laporte) se portent à l’attaque de la cote 118 sous la protection d’un barrage roulant. Elles rencontrent peu de résistance et atteignent leur objectif à 9h10. Une reconnaissance part aussitôt vers la ferme Marquigny, mais elle est accueillie par des feux violents et ne peut y arriver.

Une seconde reconnaissance, partie de la cote 118, ne peut atteindre la ferme, le terrain étant balayé par les feux de mitrailleuses. Il n’existe aucun défilement.

Le bataillon Servent cherche à progresser en liaison avec le bataillon Laporte  ; il y parvient très péniblement. La compagnie Villa capture onze prisonniers dont deux officiers, et prend trois mitrailleuses légères qu’elle retourne de suite contre l’ennemi.

L’artillerie allemande réagit violemment par obus toxiques.

A 13h25, un violent barrage se pose sur les premières lignes du bataillon Laporte. Un tir de contre-préparation, demandé aussitôt, arrêté dans l’œuf de la tentative de contre-attaque ennemie.

Le 26 octobre, au petit jour, le bataillon Servent porte sans difficulté sa première ligne à la lisière du bois en équerre, établissant la soudure avec le 24ème régiment d’infanterie à notre gauche. Seule, une section doit engager un court combat. Le harcèlement ennemi continue le 27 octobre.

Dans la nuit du 26 au 27, harcèlement continu et violent par artillerie et minenwerfer.

A 3h25, déclenchement d’un violent tir d’artillerie sur le bataillon Bédoura et sur la compagnie de droite du bataillon Servent. Le tir cesse à 4h15 et reprend violemment à 4h45.

A ce moment, deux détachements ennemis se portent à l’attaque  : l’un, sur la cote 118, est dispersé et refoulé par le feu du bataillon Servent sans avoir pu aborder notre ligne  ; l’autre, favorisé par le brouillard et la fumée, parvient à pénétrer dans la corne nord-ouest du bois du Fanion et essaie d’envelopper les deux demi-sections qui l’occupent. Celles-ci se replient lentement par échelons.

A 5h45, la 2ème compagnie se porte en avant et à 6 heures la lisière du bois est de nouveau occupée.

Le 28 octobre, des patrouilles constatent que l’ouvrage d’instruction n’est pas occupé de jour. Le bataillon Servent met cette observation à profit  : une fraction s’installe dans la partie ouest de cet ouvrage.

Mis en réserve de division le 28 octobre, le 119ème relevait dans la nuit du 4 au 5 novembre le 24ème régiment d’infanterie à Sissonne.

Dès le matin du 5, le commandement annonçait le repli de l’ennemi et la poursuite commençait  sans rencontrer grande résistance.

Le 8 novembre, le régiment arrivait à la Hardoye salué par les acclamations des habitants enfin délivrés. C’est dans cette localité qu’il devait apprendre la conclusion de l’armistice.

Le 16 novembre, la 6ème division était massée sur le terrain de manœuvres d’Epernay. Après l’avoir passée en revue, le général Poignon prononça l’allocution suivante  :

« Camarades de la 6ème division,
« Les combats ayant pris fin nous pouvons, avec une légitime fierté, porter nos regards sur le chemin parcouru depuis plus de quatre ans.
« Chemin âpre et glorieux le long duquel nous avons laissé des camarades aimés qui, par leur sublime bravoure, en nous donnant la Victoire, ont assuré le triomphe du Droit et de la Liberté.
« Soldats tombés à Charleroi,
« Vainqueurs de la Marne,
« Lutteurs obstinés du Godat, d’Aix-Noulette et de Verdun,
« Défenseurs tenaces du Chemin-des-Dames et de Tahure,
« Combattants victorieux de Ressons et de Canny-sur-Matz, de Pontavert et de Sissonne,
« Malgré la terre qui vous recouvre, vous avez tressailli de joie le jour sacré où l’ennemi, battu et poursuivi, forcé d’avouer sa défaite, a demandé la paix,
« Avant de nous éloigner de la zone dévastée où se livrèrent ces combats épiques,
« A vous  ; héros glorieux de la 6ème division,
« En témoignage suprême de notre reconnaissance, nous adressons le salut de nos armées et de nos drapeaux.»

 

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